Materiae Variae Volume IV
Troubadours et juristes de Paul Ourliac
Les enjeux de la légalité dans Phèdre de Ralph Albanese
NOTES
TROUBADOURS ET JURISTES
* Cet article a été initialement publié dans la revue des Cahiers de Civilisation Médiévale (1965), p. 159-177.
(1) La "renaissance" du XIIe siècle" est maintenant une expression courante. Les juristes parlent depuis longtemps de la "renaissance" du droit romain (G. Paré, A. Brunet et P. Tremblay, Les écoles et l'enseignement, Paris / Ottawa, 1933 ; Ch. H. Haskins, The Renaissance of the Twelfth Century, Cambridge Mass., 1929).
(2) M. Bloch, La société féodale, t. 2 Paris, 1940, p. 35-45.
(3) H. Davenson, Les troubadours, Paris, 1961.
(4) Nous nous garderons cependant de toute interprétation "ethno-sociologique", intéressante certes, mais toujours quelque peu divinatoire : cf. R. Nelli, L'érotique des troubadours, Toulouse, 1963 et, sur ce livre, les opinions diversement favorables d'un sociologue et d'un historien, G. Bastide et G. Duby, dans Annales du Midi, t. LXXVI, (1964), p. 101-105.
(5) Bertran de Born, (éd.) Carl Appel, Niemeyer, 1931, n° XXXVII, p. 88.
(6) P. Tisset, "Placentin et son enseignement à Montpellier, droit romain et coutume dans l'ancien pays de Septimanie", Mémoires et travaux anciens pays de droit écrit, t. 2, 1951, p. 67-95. H. Kantorowicz, Studies in the Glossatores of the Roman Law, Cambridge, 1938, date Lo Codi des environs de 1170. Les Excerptiones Petri seraient également d'origine provençale ou dauphinoise d'après Kantorowicz, dans Revue d'histoire du droit français et étranger, 4e s., t. XVI, 1937, p. 588, ce qui est nié par C.-G. Mor, Scritti giuridici preirneriani, 1935/38, 2 vol.
(7) P. Fournier, "Un tournant de l'histoire du droit", Nouvelle revue d'histoire du droit, t. XLI (1917), p. 129.
(8) Bulle du 7 juin 1168, Bullaire de Maguelonne, (éd.) J. Rouquette / A. Villemagne, t. 1 Montpellier, 1910, p. 151. On sait que le concile de Tours (Décrétales Grég. IX, III, 50, c. 2), que présidait le même Alexandre III, interdira aux moines d'enseigner la médecine et le droit (leges mundanas) ; mais comme le remarque P. Tisset, "Placentin et son enseignement à Montpellier, droit romain et coutume dans l'ancien pays de Septimanie", art. cit., p. 68, n. 1, il ne s'agit pas forcément du droit romain. Cf. encore Chartularium Universitatis Parisiensis, (éd.) Dentfle / Châtelain, t. I, p. 3 ; G. Paré, A. Brunet et P. Tremblay, Les écoles et l'enseignement, op. cit., p. 43.
(9) A. Gouron, "Les étapes de la pénétration du droit romain au XIIe siècle dans l'ancienne Septimanie", Annales du Midi, t. LXII (1957), p. 103-120.
(10) Ibidem, p. 112. C'est peut-être le même que l'Aubertus Lombardus, cité infra.
(11) A. Gouron, "Diffusion des consulats méridionaux et expansion du droit romain aux XIIe et XIIIe siècles", Bibliothèque de l'École des Chartes, t. CXXI, 1963, p. 58.
(12) Nous aurons à nuancer plus loin cette affirmation. J. Le Goff, Les intellectuels au moyen âge, Paris, 1957, ne fait cependant aucune place aux juristes.
(13) "De proeza e de joi fui", Chansons de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, (éd). Alfred Jeanroy, XI, 25, p. 28.
(14) E. Hoepffner, Les troubadours, Paris, 1935, p. 17.
(15) Bernart von Ventadour ; seine Lieder, éd. Carl Appel, Halle, 1915. Dans un sirventès célèbre, Peire d'Auvergne dit de lui :
En son paire ac bon sirven
Per trair'ab arc manal d'alborn
E sa maire calfava.l forn
Et amassava l'issermen.
Le même sirventès se moque de Grimoart Gausmar "qui est chevalier et mène la vie de jongleur".
(16) A l'édition de J. Anglade, Les poésies de Peire Vidal, Paris, 1923, il faut maintenant préférer celle de D'A. S. Avalle, Peire Vidal ; poésie, Milan / Naples, 1960, 2 vol. Vidal est déjà d'une autre époque : Mme Rita Lejeune note qu'il appartenait comme Folquet de Marseille à la riche bourgeoisie qui allait devenir la pourvoyeuse d'argent des grands seigneurs méridionaux (Ibidem, p. CXXXII). Cf. également J. Boutière et A.-H. Schutz, Biographie des troubadours ; textes provençaux des XIIIe et XIVe siècles, Toulouse, 1950 ; A. Jeanroy, "Les troubadours dans les cours de l'Italie du Nord", Revue historique, t. CLXIV (1930), p. 1-25 ; E. Lommatzsch, Leben und Lieder der provenzalischen Troubadours, Berlin, 1957-1959, 2 vol.
(17) Die Dichtungen des Mônchs von Montaudon, (éd.) O. Klein, Marbourg, 1885, n° II, p. 30.
(18) H. Davenson, Les troubadours, op. cit., p. 16.
(19) Il n'est pas de notre propos d'examiner la thèse d'E. Koehler, Trobadorlyrik und hôfischer Roman, Berlin, 1962, suivant laquelle cette poésie exprimerait la crise du monde féodal et serait une prise de conscience de ses valeurs spirituelles, la "rivale potentielle de la scolastique". L'affirmation, si elle est vraie pour le XIIIe siècle, ne paraît pas exacte pour les premiers troubadours qui expriment, au contraire, les sentiments de la classe à laquelle ils se sont parfaitement intégrés.
(20) Quelques indications sont fournies par G. Bertoni, "Riflessi di costumanze giuridiche nel Vantica poesia di Provenza", Archivum romanicum, t. 1, 1917, p. 4-20.
(21) Spécialement chez Bernard de Ventadour : "Per bona fe e ses engan / Am la plus belha e la melhor" (Bernart von Ventadour ; seine Lieder, éd. cit., p. 186).
(22) Chez le Moine de Montaudon, par exemple Die Dichtungen des Mônchs von Montaudon, éd. cit., XII, 1-5, p. 64.
(23) "Tomejamens plevitz" ; Bertran de Born, éd. cit., XXXIII, 72.
(24) A. Jeanroy, La poésie lyrique des troubadours, Paris, t. I, 1934, p. 91. Beaucoup d'indications fournies par E. Weciissler, "Frauendienst und Vassalität, Zeitschr. f. franz. Sprache u. Imiter., t. XXIV (1902), p. 159-190.
(25) R. Nelli, L'érotique des troubadours, op. cit., p. 96-102.
(26) R. Lejeune, "La chanson de l''amour de loin' de Jaufré Rudel", Studi Angelo Monteverdi, Modène, 1959 et, surtout, "Formules féodales et style amoureux chez Guillaume IX d'Aquitaine", VIII Congresso di studi romanzi, Florence, 1956, p. 227-248.
(27) Le droit est attesté, pour le XIIIe siècle, par exemple dans l'hommage de la dame de la Roche-sur-Yon à Alphonse de Poitiers(1243) : Juravi etiam eidem domino meo comiti Pictavensi quod castrum predictum reddam ei, vel ejus certo mandate litteras ipsius patentes super hoc deferenti quocienscumque [...] fuero requisita. (Marchegay, Les anciens seigneurs de la Roche-sur-Yon, 1854 ; P. Portejoie, Le régime des fiefs d'après la coutume de Poitou, Poitiers, 1942, p. 56).
(28) Dans le vers de Daude de Pradas (éd.) Schutz, XIV, 35-36, p. 71 : "Aia.n om anel o cordella / E cuich n'esser reis de chastella." Il faut beaucoup d'imagination pour découvrir la moindre allusion à la féodalité. De même on traduit le vers d'Arnaud Daniel (éd), Lavaud, Annales du Midi, t. XXII, 1910, IX, 97/8, p. 176) : "Son anel mir / Si.l ders". ["Vénère son anneau, s'il l'élève vers toi [pour l'hommage] ", ce qui paraît divinatoire.
(29) Rita Lejeune, "Formules féodales et style amoureux chez Guillaume IX d'Aquitaine", art. cit.,p. 245. Ni la référence à Jaufré Rudel (G. Bertoni, "Riflessi di costumanze giuridiche nelVantica poesia di Provenza", art. cit., p. 19, n. 2), ni le souvenir de la mise sous le poêle qui légitime les enfants ne paraissent convaincants.
(30) Par exemple, Arnaud Daniel (éd.) Lavaud, n° XII, p. 316) :"Pero botz fis, mas juntas a li.m rendi." Plus nettement encore Aimeric de Belenoi (éd.) M. Dumitrescu, Paris, 1935, XI, 31/8, p. 110 assimile l'attitude du pèlerin qui veut obtenir le paradis et l'adoration du poète "pour le beau corps lisse" :
"Qu'a.l sieu pays
Estau aclis,
Mos mas jonhs ambedos ;
Qu'anc pellegris
De paradis
No ion tan enveyos,
Quon ieu servis
Son belh cors lis."
(31) G. Bertoni, "Riflessi di costumanze giuridiche nelVantica poesia di Provenza", art. cit., p. 18 ; Bernart von Ventadour ; seine Lieder, éd. cit., p. 243 :
"la no m'aya cor felo ni somvatge
Ni contra me mauvatz cosselh no creya
Qu'eu sui sos om liges, ou que m'esteya
Si que de sus del cap li ren mon gatge
Mas mas jonchas li venh a so plazer."
(32) H. Richardot, "A propos des personnes et des terres féodales", Études P. Petot, 1959, p. 463.
(33) P. Ourliac, "L'hommage servile dans la région toulousaine", Mélanges L. Halphen , Paris, 1951, p. 551.
(34) Peire Ramon, (éd.) Anglade, Annales du Midi, t. XXXI-XXXII, 1919/20, p. 173 ; Le poesie di P. Raimon de Tolosa, (éd.) A. Cavalière, Florence, 1935, p. 2. Pour Arnaut de Mareuil (R. Johnston, Les poésies lyriques du troubadour A. de M., Paris, 1935), la langue est bien celle du droit : il se met "en garde et en commande" ("en guard' et en comanda") de sa dame (p. 11, v. 2) ; il tient son cœur en fief d'elle, comme il tiendrait le monde s'il était à lui ("de vos lo tenh don tôt lo mon tenria") ; il est son homme ("ma belha domna, cui homs so ") et voudrait un baiser en récompense ("que.m do un bays en guazardo"), il n'a d'autre souci la nuit, le matin ou le soir (p. 73, v. 30 ; p. 110, v. 15 ; p. 116, v. 50) ; mais quand il a obtenu le baiser demandé "tro per merce sierva vostre cors gens"c(p. 116, v. 32). La dame étant sans merci, Arnaut demeure un vassal fidèle et soumis ("aclis"), mais il est "avili", parce qu'on lui fait la guerre ("si tot mi guerrey", p. 141, v. 6, 8, 31).
(35) Uc de Saint-Circ, (éd.) J. Anglade/J.-J. Salverda de Grave, Toulouse, 1913, IV, 35, p. 22 ; V, 35, p. 27.
(36) Ibidem, I, 16, p. 4 ; VI, 2, p. 30.
(37) J. Flach, Les origines de l'ancienne France, t. 3, 1904, p. 92 ; cf. également, Vaissète, Histoire de Languedoc, (éd.) Molinter, t. XII, col. 226.
(38) Cercamon, V, 11, 21, 55 (éd. Jeanroy, 1922, p. 15, 18) :
"Qu'anc non passet covinens ni.ls enfrays
...................................................................
E van dizen qu'Amors vay en biays
..................................................................
Qu'anc bon'Amors non galiet ni trais."
(39) Poésies du troubadour Marcabru, (éd.) J.-M.-L,. Déjeanne, Toulouse, 1909, XXII, 55 / 9, p. 109 :
"Mas Franssa, Peitau e Beiriu
Aclina un sol seignoriu
Venga sai Dieu son fieu servir."
"
(40) Dans Marcabru, fe : XX, 29 ; XXIII, 25 ; XXIX, 15 ; XXXII, 15 ; plevir : XVI, 20 ; XXII, 51. Même vocabulaire de Bertran de Born, éd. cit., XXI, p. 52 : "En Tolzal tenon per perjur / Tuit cil ab cui s'era plevitz."
(41) Marcabru, XXV, 78-84 ; lia est généralement traduit "et me serre" ; c'est plutôt "et me lie"
(42) Ibidem, XXVI, 36/7, 45/6.
(43) Ibid., XXX, 64/6. L,a vilaine ajoute qu'elle ne veut pas perdre sa réputation per un pauc d'intratge, que Déjeanne traduit "pour une légère récompense". M. Nelli n'indique pas s'il rapporte le passage à l'amor perfectus ou imperfectus ; mais l'allusion à l'accapte ou intragium du fief paraît certaine. On doit citer, de la même veine, le passage de Flamenca (v. 5594-5603) : "A partir de treize ans l'amour réclame son cens, mais si elle dépasse vingt et un ans sans qu'il en ait été payé le tiers, le quart ou la moitié, la dame n'aura plus jamais fief entier."
(44) G. Errante, Marcabru e le fonti sacre dell' antica lirica romanza, Florence, 1948, p. 255.
(45) R. Nelli, L'érotique des troubadours, op. cit., p.137, 211.
(46) Dans la tenson de Marie de Ventadour et de Gui d'Ussel (Audiau / Lavaud, Nouvelle anthologie des troubadours, Paris, 1928, p. 199), la question est doctement discutée. La dame "deu far comunalmen cum el per lieis" ; mais l'amant dit, mains jointes et à genoux : dame, accordez-moi de vous servir "franchamen cum lo vostr' om" ; et il est un traître s'il se conduit comme parier après s'être donné comme servidor.
(47) Rappelons, sans vouloir à toute force la rapporter au Midi, que la forme la plus ancienne de Girart de Roussillon est écrite en un dialecte intermédiaire entre le français et le provençal.
(48) Bertran de Born, éd. cit., n° XVIII, p. 43.
(49) "Gavaudan, n° III," (éd.) Jeanroy, Romania, t. XXXIV (1905), p. 510.
(50) Peire Cardenal, (éd) Lavaud, LXXVII, 11-12.
(51) Spécialement Decretum, Xll (P.L., CLXI, 779-802) et Panormia, VIII, 1325. Gratien distingue le serment et le simplex sermo, CXXII, qu. 5, ante c. 20.
(52) On peut relire les pages alertes de H. Davenson, Les troubadours, op. cit., p. 96-141, reposantes par leur bon sens et leur simplicité. On en retiendra très spécialement ce qui est dit, p. 135-136, de l'infrastructure sociale et aussi des cours d'amour analogues, dans leur essence, aux tribunaux du point d'honneur qui existeront à la fin du moyen âge.
(53) Le serment est prêté par des censitaires et aussi par des serfs. le noble n'a pas besoin de jurer ; il est cru sur parole, mais sa promesse - contrairement à un hommage - est fréquemment un engagement de ne pas faire Ies actes d'hommage cités plus haut l'indiquent nettement ; cf. également Vaissète, Histoire de Languedoc, op. cit., t. V, col. 372 (1020), 408 (1034), 412 (1035). De même dans sa consultation de 1020, Fulbert de Chartres le dit implicitement : on enim sufficit abstinere a malo, nisi fiat quod bonum est. F. L. Ganshof, Qu'est-ce que la féodalité ?, Bruxelles, 1957, p. 113, le répète : "Ia notion de fidélité a conservé le caractère fondamentalement négatif qu'elle avait antérieurement." Toujours les références sont faites à des textes méridionaux. On peut rappeler, sans en tirer aucune conclusion, que les cathares considéraient tout serment comme illicite, qu'il fût faux ou sincère ; pour Bernard Gui, c'est unprécepte cathare : In nullo casu jurant (Cartulaire de N.B. de Prouille, (éd.) J. Guiraud, t. I, 1907, p. LXXXII).
(54) P. Ourliac, "La convenientia", Études Pierre Petot, Paris, 1959, p. 413 ; Id. et J. De Malafosse, Droit romain et ancien droit, t. I : "Les obligations", 1957, p. 67.
(55) G. Duby, La société aux XIe et XIIe siècles dans la région mâconnaise, Paris, 1953, p. 204.
(56) P. Ourliac, "La formation du droit de la France méridionale", Boletim da Faculdade de Direito [de Coimbre], t. XXXVII (1961), p. 3-18.
(57) Peire Vidal, (éd.) D.S. Avalle, t. 2 n° XLI, p. 377 ; (éd.) Anglade, n° VII, p. 16. La pièce, d'après R. Lejeune ("Pour la chronologie de quelques chansons de Peire Vidal", Ann. du Midi, t. IV, 1943, p. 517), serait postérieure à 1190.
(58) Cartulaire de N.D. de Prouille, éd cit., t. 1, p. CCLXXXI, CCXX.
(59) Bertran de Born, éd. cit., Eu m'escondisc, 25/7 :
"Senher sia eu de cas tel parsonier
Si qu'en la tor siam catre parier
E ia l'us l'autre no'ns poscam amar."
Le moine de Montaudon, Mot m'enucia : "Enueia'm, par saut Marcelh / Trop pariers'en un castelh.
(60) Peire Cardenal, (éd) Lavaud, n°LII , p. 314 :
"E-l razos dels baros tneschis
Paurcs d'amor et de feunia rix,
Sors en ergueih, e valor dechazéitz,
Amicx de tort e de Dieu enemix."
(61) Nous empruntons cette citation et celles qui suivent à l'œuvre de Cerveri de Girona dont les poésies datent des années 1259/72 : Obras complétas del trovador C. de Girona, (éd.) M. de Riquer, Barcelone, 1947, CXII, p. 25-26.
(62) Il s'agit de la pièce célèbre :
"Fill eras pus en escolas anatz,
Un vers vo do : prec que.l vuillatz entendre
Nuill hom non es ses aver molt presatz
O ses saber, car non a que dependre ;
Per c'ambeduy, pus non avetz aver
Faitz vostr'esforc, l'aver puscatz saber
C'ab lo saber poretz l'aver perpendre" (LXXXVIII, 1-7).
"E de vilania
Sofrir e menar "(XXX, 4-5).
Egalement la pièce LXII : "Qualhs se tanh d'esser chevalers."
(63) C'est, comme nous le verrons, un véritable refrain. Cependant la pièce n° LXXX apporte quelques contradictions à cette thèse en regrettant que maintenant un pauvre ne soit plus cru sur parole même quand il dit vrai : Si le roi disait qu'il "a vu voler un chevreuil, tous diraient que moi je mens et que le roi dit vrai".
(64) P. Jonin, "Le vasselage de Lancelot dans le Conte de la charrette, Le Moyen âge, t. LVIII (1952), p. 281-298, montre bien cette différence toujours maintenue entre l'hommage vassalique et l'hommage amoureux.
(65) Le roi d'Aragon, Alphonse II, aurait détruit le château de Ramon de Castel-Roussillon pour le punir d'avoir fait manger à sa femme le cœur de son amant, Biographies des troubadours, (éd.) J. Boutière / A.H. Schutz, 1950, p. 171. De même, Raimbaut de Vaqueiras rappelle sur le mode héroïque les hauts faits du marquis de Montferrat.
(66) La mezura, qui est chez Marcabru la courtoisie et le beau langage (XV, 13-14 : "De Cortezia es pot vanar / Qui te sap mesura esgardar), devient chez Montanhagol une sorte de sagesse générale ; J. Wettstein, "Mezura", l'idéal des troubadours ; son essence et ses aspects, Zurich, 1945.
(67) Qu'on lise, par exemple, Peire Vidal dont on a voulu faire le champion du patriotisme méridional ; on trouve chez lui l'appel aux armes contre Henri VI et contre les Allemands ; on y trouve aussi les vantardises ("comme guerrier il vaut Roland et Olivier", XIV, 13) ; mais le thème sans cesse repris est celui de vivre en paix et "en cachette" :
"Retornar
Et anar
M'en volh ad espero
Entre Arl' e Tolo
A tapi
Car aqui
Am mais un pauc cambo."
(68) L'histoire de Gaucelm Faidit est à cet égard exemplaire : sa vie se passe entre la cour de Richard Cœur-de-Iion, Montferrat, la Hongrie, la Provence, l'Italie du Nord et la Palestine où il fit un pèlerinage en 1202/1203. Il en est de même pour Peire Vidal.
(69) "Que-l reis, cui es Paris
Vol mais a saint Daunis
O lai en Normandia
Conquerre' esterlis."
(Anthologie Audiau / Lavaud, XXXII, 57-60, p. 125.) De même Peire Vidal s'en prendra à Philippe Auguste qui a abandonné le Saint-Sépulcre et qui "achète et vend et fait le commerce comme un serf ou un bourgeois" : "E compr' e vent e fai mercat / Atressi com sers o borges" (v. 21).
(70) On a plaisir à lire, même si on n'admet pas sa thèse centrale, l'article consacré (sous le pseudonyme J.E. Novis) par Simone Weill à "L'agonie d'une civilisation vue à travers un poème épique", Cahiers du Sud, 1943, p. 104.
(71) Cf. supra, p. 160, n° 11.
(72) Il est remarquable, par exemple, que Cardenal n'attaque que les bourgeois du Gapençais : "E per savis usuriers e borges / Cels qi volon cobrar qatre per tres." (XIII, 31-32, p. 50.)
(73) Marcabru, éd. cit., XI, 53/6, p. 45. On retrouve la même expression dans Uc de Saint-Circ : "Car dreiz es en leial fe / C'aissi con hom compra venda" (éd. cit, XII, 17-18, p. 61).
(74) Cf. M. Castaing-Sicard, Les contrats dans le très ancien droit toulousain, Toulouse, 1959, et notre compte rendu dans Bibliothèque École Chartes, t. CXVIII (1960), p. 241-244.
(75) E. Meynial, "Les renonciations au moyen âge", Nouvelle revue d'histoire de droit, t. XXVIIIb (1904), p. 744-745 ; Id., "Remarques sur la réaction populaire contre l'invasion du droit romain", Mélanges Chabaneau, Erlangen, 1907, p. 557-584.
(76) Allusion au senhor natural (éd. Avalle, XXXVII, 25, p. 324), à l'home natural (XXXVIII, 17, p. 334). Rappel des coutumes féodales : "Vostr'om sui be, que ges no-m tenc per mieu / Mas ben laiss'om a mal senhor son fieu" (XXXVIII, 21-22, p. 334-335). Formules reprises des actes anciens : "A lieis m'autrei ab ferm cor ses enjan [...] Per qu'ieu li sui hom francs fizels e fis". (XIX, 11, 19, p. 159.)
(77) Nous avons essayé de l'établir dans "Glose juridique sur le troubadour Peire Cardenal", Mélanges Sancho Izquierdo » (Anuar. derecho aragonès, t. X, 1959/1960), p. 57-72. Parmi les vers les plus significatifs citons, Clergia non vale, v. 23-24, (éd.) Lavaud, p. 286 : "Ez en plaich, enan sagramen / Queron libèl", ce que nous traduisons "dans un procès avant le serment ils demandent un libelle", et qui se rapporterait à la procédure indiquée par exemple par l'ordo de Tancrède : P. Guilhiermoz, Enquêtes et procès, 1892, p. 53. De même on trouve dans le sirventès De salhs qu'aveïz, éd. (Lavaud), p. 296, un petit traité fort exact de la possession : "Si j'ai tenu longtemps votre maison, ne pensez pas m'en faire déguerpir, ni que j'en veuille jamais sortir, car la tenezos m'aide et me soutient." Ailleurs il est question de terras sensals, de fiefs honorés. Peut-être même peut-on découvrir dans Un décret fas drecheirier, (éd.) Lavaud, p. 573, une allusion à la décrétale Tanta vis d'Alexandre III qui rend loyaux les enfants de la femme débauchée, et même au privilegium canonis admis par le concile de Clermont de 1130.
(78) C. Fabre, dans Mélanges Chabaneau, p. 263-264, qui prétend même établir une parenté entre Cardenal et Pierre de Ferrières, lui-même parent de Guillaume de Ferrières qui professa le droit civil à Toulouse et fut cardinal de Célestin V.
(79) Cardenal, XXII, 20, p. 120. L'interprétation est de K. Vossler, Peire Cardenal : ein Satiriker aus dem Zeitalter der Albigenser Kriege, Munich, 1906, p. 125.
(80) Ibidem, LX, 34, p. 390 : "Ni legistas per tort a mantenir."
(81) Ibid., LXXVII, 17-24, p. 510.
(82) Ibid., LV, 105/108, p. 240 :
"Entends-tu, toi qui t'es fait légiste
Et qui supprimes publiquement le droit d'autrui ?
Lors du départ suprême ton âme sera triste
Si tu as mal jugé les gens."
(81) Ibid., Tot parai, XXV, 15-18, p. 138 ; Clergia non vale, XLVII, 25-30, p. 286 :
"Ieu non sai de neguna léi
De totas quantas vistas n'éi
Qu'ab baratas ez ab buféi
Lo mais non au
E non get de negun endréi
Petit ni gran."
« Je ne sais d'aucune loi écrite parmi celles que j'ai vues qu'elle ne s'accompagne le plus souvent de tromperie et de verbiage et qu'elle ne chasse d'aucune partie de son bien le petit et le grand. »
(84) Ibid., LXXVII, 11-15, p. 510.
(85) Ibid., XLVII, 7, p. 284 : "Cavalier sollon jostar".
(86) Ibid., XLV, 163/68, p. 432 :
"E sabes cals
Es homs leials
E cals pot leial anar ?
Qui la lei cré
E la lei té
E segon la lei vol obrar."
(87) Ibid., LXVII, 25-32, p. 446.
(88) Ibid., XLVII, 19-22, p. 286.
(89) Ibid., XLII, p. 246.
(90) Bertran d'Alamanon, (éd.) J.-J. Salverda de Grave, Le troubadour Bertran d'Alamanon, Toulouse, 1902, VI, 1-3, 29-31, p. 39.
(91) Boniface de Castellane, (éd.) A. Parducci, "Bonifazio di Castellane", Romania, t. XLVI (1920), p. 478-511 (I, 43-45) : "Arbalestrier be aresat / E cavalier qan vau rengat / Mi plason trop mais qe libel."
(92) Ibid., p. 503 (II, 8-14) :
"E enoia-m qar avocatz
Vei annar ab tan gran arda
E pesa-m conseilhs de prelatz
Qar anc home non vi jausir
Qar qi son dreit lur aporta
Ill dion q'aiço es crieutz
Q'es del comte tôt veiramenz."
(93) Montanhagol, (éd.) Coulet, Toulouse, 1898, spécialement n° IV, p. 87, qui date de 1233/1237. "Bernard-Sicart (de Marvejols)", Nouvelle anthologie Audiau / Lavaud, p. 169.
(94) E. Levy, Guilhem Figueira, ein provenz. Troubadour, Berlin, 1880, t. II, p. 33.
(95) Cardenal, LXVII, p. 444.
(96) St. Kuttner, "Papst Honorius III. und das Studium des Zivilrechts", Festschrift Martin Wolff, Tübingen, 1952, p. 79-101 ; et surtout la lucide mise au point de P. Legendre, La pénétration du droit romain dans le droit canonique classique de Gratien à Innocent IV (1140-1254), Paris, 1964, p. 40-50.
(97) Y. Dossat, Les crises de l'inquisition toulousaine au XIIIe siècle, Bordeaux, 1959, p. 197.
(98) Aimeric de Peguilhan, (éd.) W.P. Shepard / F.M. Chambers, The Poems of A. de Peguilhan, Evanston (III), 1950, p. 212.
(99) Pièce citée par H. Davenson, Les troubadours, op. cit., p. 59.
(100) Bertran Carbonel, "Les coblas", Annales du Midi, t. XXV (1913), p. 137-188 : "Mas vos vezem c'uzansa cassa'l dreg" (n° XXXVI, p. 162, aussi n° XXVI, p. 157, cité infra).
(101) C. Vaissète, Histoire de Languedoc, op. cit., t. VIII, col. 872.
(102) P. Ourliac, "Glose juridique sur le troubadour Peire Cardenal", art. cit., p. 71 ; Id., Toulouse, cité du droit, dans Haut-Languedoc et Gascogne, Nice, s.d. [1949], p. 96-101.
(103) P. Ourliac et J. de Malafosse, Droit romain et ancien droit, t. I, Les obligations, p. 79.
(104) Peire Cardenal, éd. cit., p. 520, n. 2.
(105) La pièce (n° LXXIX, éd. J. L. Pfaff, dans Mahn, Werker der Troubadours, Paris, 1875), qui date de 1274, a été commentée par J. Anglade, Le troubadour Guiraut Riquier, étude sur la décadence de l'ancienne poésie provençale, 1905, p. 112-132 : les bourgeois sont nettement distingués des marchands ; ils peuvent apprendre le métier des armes et se livrer à la chasse ; ils doivent accomplir des actes de courage et "être amoureux" ; enfin ils perdent leur rang s'ils pratiquent des métiers (vils cauzas).
(106) Par exemple dans cette pièce étrange, datée de 1281, où Guiraut Riquier donne des conseils à un ami sur sa situation commerciale : J. Anglade, Le troubadour Guiraut Riquier, étude sur la décadence de l'ancienne poésie provençale, op. cit., p. 183.
(107) Poésies de Daude de Pradas, (éd.) A. H. Schutz, Toulouse /Paris, 1933. Ses poésies ne contiennent aucune allusion juridique.
(108) F. Branciforti, II canzionere di Lanfranco Cigala, Florence, 1954.
(109) E. Forestié, "P. de Lunel, dit Cavalier Lunel de Montech, troubadour du XIVe siècle", Recueil Acad. Sc, belles-lettres et arts Tarn-et-Garonne, 2e s., t. VII (1891), p. 113. Cf. également C. Vaissète, Histoire de Languedoc, op. cit., t. X, p. 184, 343. Les thèmes changent : par exemple, l'Essenhamen des Guarso, qui est daté de 1326, s'adresse non à un vassal mais à un valet (servidor, guarso) dont les services sont longuement décrits ; il doit bien soigner son cheval et lui faire bonne litière, être en bons termes avec la famille (maynada) de son seigneur, se garder de sa femme, éviter les tavernes, ne pas se mêler de donner des avis, être fidèle et véridique (lials et vertadiers) , mais aussi bien seller le cheval de son seigneur, chevaucher à ses côtés, le défendre, ne pas l'abandonner pour servir un autre et ainsi "gagner l'argent que l'on donne à tout bon valet".
(110) Chansons de Guillaume IX, duc d'Aquitaine, éd. cit., VIII, 24. Cf. R. Lejeune, "Formules féodales et style amoureux chez Guillaume IX d'Aquitaine", art. cit., p. 242.
(111) Marcabru, XIX, 64-66 ; aussi IV, 43 : "A tort o a dreig vant dessus."
(112) P. Ourliac, "Glose juridique sur le troubadour Peire Cardenal", art. cit., p. 64.
(113) Cardenal, éd. cit. : Caritatz es en tan (n° XILI, p. 278-281).
(114) Ibidem, n° LIV, 6-7, p. 326.
(115) Ibid., n° LV, p. 330-359 ; J. Boutière, "Les poésies religieuses de Peire Cardenal", Mélanges Georges Le Gentil, Lisbonne, 1949.
(116) Cardenal, Tostemps vir (XXIV, 4-5, p. 132).
(117) Ibidem, De sirventès faire (L, 3-4, 41-43, p. 302).
(118) Ibid., Tostemps azir (L,XXV, 1-2, p. 494).
(119) Ibid., XXIV, 44, p. 134.
(120) Ibid., XVIII, 35/6, p. 88.
(121) Ibid., LXVI, 1-4, p. 436.
(122) L. Vargas, "P. Cardinal était-il hérétique ?", Revue d'histoire des religions, t. CXVIII (1936), repris par D. Roche, Le catharisme, 1948, p. 135. Le livre du r.p. A. Dondaine, Un traité néo-manichéen du XIIIe siècle, Rome, 1939, p. 21, permet de connaître la doctrine cathare : l'opposition du bien et du mal est une donnée expérimentée jusqu'au plus intime de nous-même ; le mal est "partout dans le monde". Mais la créature ne tient pas de Dieu le pouvoir de défaillir - ce qui rejetterait sur Dieu la responsabilité du mal - puisque le Dieu bon peut être tout-puissant. Jamais Cardenal ne paraît avoir même connaissance de ces théories.
(123) Cardenal, n° XXIX, p. 510.
(124) K. Vossler, Peire Cardinal, ein Satiriker aus dem Zeitalter der Albigenserkriege, Munich, 1916, p. 73.
(125) Cardenal, LXXVII, 9-12, p. 510 ; XXXI, 1, p. 184.
(126) O. Rahn, La croisade contre le Graal, Paris, s.d. ; D. de Rougemont, L'amour et l'Occident, Paris, 1939.
(127) Cardenal, Un estribot (XXXIV, 3-4, p. 206).
(128) Notamment dans la pièce Ab votz d'angel (XXVIII, 20, p. 160).
(129) Les critiques sont innombrables et seuls les franciscains trouvent grâce devant lui : cf. Mon chantar (L,X, p. 388), Qui voltra (XXXII, p. 192), Tot enaissi con fortuna (LXXVII, p. 510).
(130) Notamment dans la pièce déjà citée Jhesus Cristz. On a noté qu'il ne parlait pas du purgatoire, ce qui à l'époque est normal.
(131) C'est du moins l'affirmation, déjà notée, de K. Vossler, Peire Cardinal, ein Satiriker aus dem Zeitalter der Albigenserkriege, op. cit., p. 26.
(132) Liber feudorum major, éd. Fr. M. Rosell, Barcelone, 1945, t. I, n° 109, p. 113.
(133) Bibl. École Chartes, t. LXXVII, 1906, p. 16 : un évêque donne "alod e-l feu, la gleisa, la comanda, lo tort e-l drech".
(134) P. Ourliac et J. de Malafosse, Droit romain et ancien droit, t. I, Les obligations, op. cit., p. 391.
(135) Nous connaissons trop mal cette poésie pour en juger ; mais les analogies proposées pour Cardenal par K. Vossler, Peire Cardinal, ein Satiriker aus dem Zeitalter der Albigenserkriege, op. cit., p. 64 et Lavaud p. 664 paraissent fort probantes.
(136) P. Rousset, "La croyance en la justice immanente à l'époque féodale", Le Moyen âge, t. LIV (1948), p. 225-248. Cardenal, LVII, 77, p. 374. Le livre du r.p. M. D. Chenu, La théologie au XIIe siècle, Paris, 1957, spécialement chap. ix, montre bien l'utilisation faite de la Bible.
(137) La "défense du oui" de Peire Cardenal (LXIII, p. 408), comme le Oc e no de Guilhem de l'Olivier (K. Bartsch, Grundriss zur Geschichte der provenzalische Literatur, 1872, p. 409), témoignent de cette opposition, au moins implicite, à Abélard. Il y a longtemps, d'ailleurs, que l'opposition était courante : Bertran de Born en use sans cesse.
(138) M. Boulet-Sautel, "Équité, justice et droit chez les glossateurs du XIIe siècle", Rec. mémoires et travaux... Soc. d'Hist. du droit et des inst. de droit écrit, t. II, 1951, p. 1-11. Cf. également R. Foreville, "Aux origines de la renaissance juridique : conceptions juridiques et influences romanisantes chez Guillaume de Poitiers, biographe du Conquérant", Le Moyen âge, t. LVIII, 1952, qui étudie l'application de la notion d'équité en Normandie pour indiquer que "l'équité est la revanche des vaincus de 1066" (p. 74).
(139) D. Composta, "II diritto naturale in Graziano", Studia Gratiana, t. II, 1954, p. 168.
(140) Dans la mesure, tout au moins, où Gratien admet que le droit naturel soit fondé sur la loi et l'Évangile ; M. Villey, "Le droit naturel chez Gratien", Studia Gratiana, t. III, 1955, p. 84-99. On peut même noter le sens de razo qui équivaut à justice ou à vérité, ce qui coïncide encore avec les idées des canonistes : P. Michaud-Quantin, La "ratio" dans le début du Décret et ses commentateurs, Studia Gratiana, t. III, 1955, p. 101-116.
(141) "Tot la lei que-l plus de la gent an / Escriur'ieu en un petit de pel / En la meitat del polgal de mon gan"(Cardenal, LXXV, 33/35, p. 496 ; cf. également, LVII, 77, p. 374 ; LXXVI, 40, p. 508.)
(142) Bertran d'Alamanon, (éd.) Salverda de Grave, VII, 39-44, p. 48 ; VIII, 28-32, p. 55. La même violence de sentiments apparaît d'ailleurs dans les poésies amoureuses de Bertran : dans la pièce XX, 15-19, p. 135, Dieu qui tient "la balance en toutes choses" est sommé de le rendre heureux ; autrement "il se donnerait un démenti à lui-même". Dans la pièce XVII, p. 117, l'Antéchrist est invoqué six fois et il est répété que "celui qui perd sa cause, on dira qu'il se défend mal" (v. 23).
(143) Anthologie, éd. cit., p. 166, v. 19-22.
(144) Cardenal, LXVI, 69-78, p. 440. On pourrait, il est vrai, trouver une conception analogue de l'équité spécialement chez Martinus ; mais on sait combien les idées de celui-ci différent souvent de celles des autres glossateurs ; surtout, le point de vue est bien différent : Martinus et les Gosiani veulent assouplir les lois positives suivant les exigences de l'équité ; les poètes, au contraire, opposent l'équité et la pratique. L'opposition peut être encore rapprochée de celle de l'aequitas rudis et de l'aequilas scripta des premiers docteurs bolonais ; mais ici encore le son est bien différent.
(145) Les coblas de Bertran Carbonel, (éd.) Jeanroy, Annales du Midi, t. XXV, 1913, n° XIV, XVI, p. 150 ; XLIII p. 166 ;
XI.IV, p. 166 ; XXVI, p. 157.
(146) D. Zorgi, Valori religiosi nella letteratura provenzale ; la spiritualità trinitaria, Milan, 1954.
(147) É. Gilson, La théologie mystique de saint Bernard, Paris, 1947, p. 214. Une idée très analogue est exprimée par A. J. Denomy, The Heresy of Courtly Love, New York, 1947 ; Id., "An Inquiry into the Origins of Courtly Love", Mediaeval Studies, t. VI, 1944, p. 175-260.