Commentaire proposé par Claude Lachet (Université Lyon III)
Problèmes juridiques et politiques
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Analyse de l'oeuvre
 
Lors d’une fête, Sone de Nansay, le frère cadet d’Henri dit « le nain », tombe amoureux d’une orgueilleuse jouvencelle,  Yde de Donchery. Cherchant à fuir cette passion obsédante, il se met au service du comte de Saintois qu’il secourt efficacement au cours du tournoi de Chalon. Revenu à Donchery, il implore en vain l’amour de la fière demoiselle et préfère retourner à Vaudémont. Après avoir accompli des exploits à la table ronde de Bourgogne, il est de nouveau éconduit par Yde dont il s’éloigne en partant en Norvège. Il y est retenu par le souverain, nommé Alain qu’il aide dans sa guerre contre les Écossais et les Irlandais. Il tue le roi irlandais et décapite dans un duel décisif le champion écossais.
Comme il languit toujours d’amour pour Yde, désireux de revenir en France, il quitte ses hôtes norvégiens. La princesse Odée qui s’est éprise de lui l’accompagne sur le bateau pour lui faire ses adieux. Mais une violente tempête entraîne le navire jusqu’en Irlande. Dénoncé par le capitaine, il trouve refuge dans l’abbaye des Templiers. Au bailli de la cité qui accuse le héros d’avoir massacré par traîtrise le roi irlandais, le Maître du Temple répond que le chevalier doit être jugé selon la loi. Lors du duel judiciaire, Sone triomphe de deux adversaires et il devrait repartir libre avec les siens. Toutefois la lascive reine d’Irlande brûle d’une passion insensée pour le protagoniste, meurtrier de son mari ; elle le retient une nuit au cours de laquelle elle noue avec lui une relation sexuelle.
Lors du voyage retour vers la Norvège, les marins, songeant à se débarrasser de Sone et à s’emparer d’Odée, se révoltent. Un terrible combat a lieu ; si les mutins sont vaincus, les deux jeunes gens sont grièvement blessés. Lorsqu’il est guéri, Sone repart vers Nansay, malgré les supplications de la princesse.
Repoussé encore une fois par Yde de Donchery, très jalouse, il décide de l’oublier, conscient que son amour est sans espoir. Il accomplit ensuite des prouesses au tournoi de Châlons mais se retire sans recevoir le prix de sa victoire qu’un usurpateur obtiendrait sans l’intervention du ménestrel Rommenal qui démasque le tricheur. Le héros affronte d’autres félons à la table ronde de Machault où il s’illustre en présence d’Yde qui confie à l’oncle de Sone qu’elle ne peut épouser son neveu, étant la filleule de sa mère. Lors des compétitions chevaleresques de Montargis où il multiplie encore les exploits, il intervient auprès du souverain pour qu’il répare le préjudice subi par Godefroi de Souvrain-Mesnil que les malversations du bailli royal ont ruiné. Deux messagères venant de Norvège rappellent alors à Sone ses promesses et la cour juge que le chevalier doit rejoindre la princesse du pays scandinave.
Alain étant mort, Sone lui succède sur le trône après avoir épousé Odée. Le nouveau souverain parcourt son royaume et reçoit foi et hommage de tous ses vassaux. Plus tard le Maître irlandais du Temple lui apporte le fils qu’il a eu de la reine d’Irlande, laquelle, furieuse d’apprendre le mariage de son ami, s’apprêtait à tuer l’enfant. Odée décide d’élever Margon, le fils naturel de son mari, avant d’accoucher de jumeaux, Houdiant et Henri, puis d’un troisième rejeton, Milon.  Au second appel du pape, Sone rejoint Rome et, sacré empereur, défend la chrétienté notamment au cours d’une bataille aramie où il doit lutter contre trois rois sarrasins.  Avant sa mort, il assiste au triomphe de ses quatre fils, Margon roi de Sicile, Houdiant roi de Norvège, Henri roi de Jérusalem et Milon élu chef suprême de l’Église, et règle sa succession en désignant futur empereur son neveu, le cadet Henri, qui avait refusé de combattre son frère Galeran pour devenir le maître de l’empire. Après le décès de son époux, l’impératrice se couche sur sa poitrine et trépasse à son tour. Fidèlement unis, les deux héros sont enterrés devant l’autel à Saint-Pierre-de-Rome.
 
Manuscrit
 
Sone de Nansay est conservé dans un seul manuscrit, appartenant à la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Turin sous la cote L.I.13 (autrefois G.II.9, numéro 1626 dans le catalogue de Mazzatinti).  Première moitié du XIVe siècle. Le roman occupe les folios f° 35e à f°108a. Il manque le treizième des dix-neuf cahiers qui composaient le volume, soit 2400 vers environ.
 
Edition(s) et Traduction(s)
 
Édition partielle : Scheler, August, « Notice et extraits de deux manuscrits français de la Bibliothèque Royale de Turin », Le Bibliophile Belge, t. I, Bruxelles, 1866, p. 246-279 et p. 343-374 ; Extrait du Bibliophile Belge, t. I et II, Bruxelles, 1867, p. 1-65.
 
Sone von Nausay, hgg. von Goldschmidt, Moritz, Tübingen, 1899, (Bibliothek des Literarischen Vereins in Stuttgart, CCXVI).
 
Comptes rendus et corrections : Paris, Gaston, « Corrections sur Sone de Nansai », Romania, t. 31, 1902, p. 113-132 ; Tobler, Adolf, « Zu der Ausgabe des Sone von Nausay», Archiv für das Studium der Neueren Sprachen und Literaturen, t. 107, 1901, p. 114-124 ; Lachet, Claude, Sone de Nansay et le roman d’aventures en vers au XIIIe siècle, Paris, Champion, 1991, p. 27-42.
 
Sone de Nansay, édité par Claude Lachet, Paris, Champion (Classiques français du Moyen Âge, 175), 2014. [Toutes les citations et références proviennent de cette édition].
 
Sone de Nansay traduit en français moderne par Claude Lachet, Paris, Champion (Traductions des classiques français du Moyen Âge, 93), 2012.
Sone de Nansay (1265-1280 environ)