Commentaire proposé par Claude Lachet (Université Lyon III)
L'exercice du pouvoir
 
Analyse de l'oeuvre
 
Un matin de mai, à Nîmes dont il vient de s’emparer, Guillaume Fierebrace s’ennuie, regrettant l’absence de demoiselles et l’inactivité à laquelle le contraignent les Sarrasins. Survient Gilbert, un captif évadé d’Orange. Ce dernier vante la puissance de la cité gouvernée par Aragon, le fils aîné de Tibaut, et la beauté d’Orable, épouse de Tibaut et belle-mère d’Aragon. Ces descriptions laudatives rendent le comte très désireux de voir la ville et sa reine dont il s’est soudainement épris. Il décide de partir sans armes, sous un déguisement, accompagné de Guiélin son neveu et de Gilbert.
Travestis tous trois en émissaires sarrasins, ils pénètrent dans Orange et sont accueillis par Aragon. Bientôt démasqués par Salatré, ils se réfugient dans la tour de Gloriette où la reine, très amoureuse du chevalier chrétien, les aide à repousser ses coreligionnaires en leur procurant des armes. Lorsqu’ils sont capturés, elle les sauve du bûcher qui leur était promis puis les délivre du cachot d’Aragon et les mène dans son palais où elle leur indique la présence d’un souterrain percé jusqu’à la rive du Rhône. Tandis que Gilbert l’emprunte pour retourner à Nîmes, Orable et les deux Français sont arrêtés et jetés en prison où l’oncle subit les railleries de son neveu. Quand les païens les entendent se quereller, ils les sortent de la geôle où demeure la reine. Profitant de la situation, les deux héros massacrent de nombreux ennemis et parviennent à se retrancher dans le donjon de Gloriette.
Informé par Gilbert des dangers encourus par ses compagnons, Bertrand, le frère de Guiélin, rassemble treize mille guerriers qu’il conduit jusqu’à Orange. Passant par le souterrain, il débouche dans la tour où Guillaume l’accueille avec joie. Les Français se précipitent ensuite dans la cité dont ils ouvrent les portes au reste de l’armée restée à l’extérieur. La bataille s’engage entre païens et chrétiens. Comme elle tourne à l’avantage de ces derniers, Aragon s’enfuit, aussitôt poursuivi par Bertrand qui le tue d’un coup d’épée. Les Sarrasins sont vaincus et la ville est prise. Guillaume court délivrer la reine de prison. Orable est ensuite baptisée et reçoit le nom chrétien de Guibourc. Puis en présence de l’évêque Guimer, Guillaume épouse la dame dans l’allégresse générale. Pendant trente ans, il ne cessera de défendre Orange contre les mécréants.       
 
Manuscrits
 
Paris, BNF fr. 774. Milieu du XIIIe siècle. La Prise d’Orange s’étend du f° 41d au f° 52d (A1).
 
Paris, BNF fr. 1449. Milieu du XIIIe siècle. La Prise d’Orange s’étend du f° 47d au f° 58d (A2).
 
Paris, BNF fr. 368. Première moitié du XIVe siècle. La Prise d’Orange s’étend du f° 167a au f° 173 c (A3).
 
Milan, Trivulziana 1025. Dernier tiers du XIIIe siècle. La Prise d’Orange s’étend du f° 47c au 58d (A4).
 
Londres, British Library, Royal 20 D XI. Début du XIVe siècle. La Prise d’Orange occupe les folios f° 118a à f° 124d (B1).
 
Paris, BNF fr. 24369-24370. Début du XIVe siècle. La Prise d’Orange occupe dans le tome I les folios f° 99d à f° 111c (B2). 
 
Boulogne-sur-mer, Bibliothèque municipale 192. Daté du 16 avril 1295. La Prise d’Orange occupe les folios f° 47d à f° 62a (C).
 
Paris, BNF fr. 1448. Troisième ou dernier quart du XIIIe siècle. La Prise d’Orange occupe les folios f° 100a à f° 109b (D).
 
Berne, Bibliothèque de la Bourgeoisie 296. Seconde moitié du XIIIe siècle. La fin de la Prise d’Orange occupe les folios f° 1a à 9b (E).
 
Editions
 
Fichtner, A., Studien über die Prise d’Orange und Prüfung von Weeks of the Covenant Vivien, diss. Halle, 1905 (édition des 651 derniers vers de E).
 
Jonckbloet, W. J. A., Guillaume d’Orange, Chansons de geste des XIe et XIIe siècles, publiées pour la première fois..., 2 tomes en un volume, La Haye, 1854 (édition du ms. A1, t. I, p. 113-162 avec les variantes de A3, t. II, p. 237-239).
 
Katz, Blanche, La Prise d’Orange, according to ms. A1, Bibliothèque Nationale Française 774, including excerpts, published for the first time, from mss. B1, C, D and E, and variants from mss. A2, A3, A4 and B2 ; with Introduction, Table of Assonances, Glossary and Table of Proper Names, New-York, King’s Crown Press, 1947.
 
Lachet, Claude, La Prise d’Orange, chanson de geste (fin XIIe-début XIIIe siècle), édition bilingue, Paris, Champion Classiques, 2010 (édition du ms. A2 ) [Toutes les citations et références proviennent de cette édition].
 
Régnier, Claude, Les Rédactions en vers de la Prise d’Orange, Paris, Klincksieck, 1966 (édition intégrale des trois rédactions A1, C et D et des variantes de A2, A3 A4, B1, B2 et E).
 
Régnier, Claude, La Prise d’Orange, chanson de geste de la fin du XIIe siècle, éditée d’après la rédaction AB, Paris Klincksieck, 1re édition 1967, 7e édition 1986 (édition “minor”).
 
Traductions et adaptations
 
Boutet, Dominique, Le Cycle de Guillaume d’Orange, Paris, Le Livre de poche, Lettres gothiques, 1996 (extraits ; pour la Prise d’Orange, p. 199-237).
 
Jonckbloet, W. J. A., Guillaume d’Orange, le marquis au court nez, chanson de geste du XIIe siècle mise en nouveau langage, Amsterdam, 1867, (pour la Prise d’Orange, p. 163-200).
 
Lachet, Claude et Tusseau, Jean-Pierre, La Prise d’orange traduite et annotée d’après l’édition de Claude Régnier, Paris, Klincksieck, 1re édition, 1972, 5e édition revue et corrigée, 1986.
 
Lachet, Claude, La Prise d’Orange, chanson de geste (fin XIIe-début XIIIe siècle), édition bilingue, Paris, Champion Classiques, 2010.
 
Price, G. (éd.), William, Count of Orange : Four old French Epics..., translated by G. Price, L. Muir, D. Hoggan, Londres, 1975, (la Prise d’Orange est traduite sous le titre The Capture of Orange par L. Muir, p. 91-129).
 
Tusseau, Jean-Pierre, Les exploits héroïques de Guillaume d’Orange, chevalier au court nez, Paris, l’École des loisirs, Médium poche, 1987, (adaptation pour un jeune public ; pour la Prise d’Orange, p. 53-82).
La Prise d'Orange (fin XIIe-début XIIIe siècle)