Commentaire proposé par Chloé Lelong (CIHAM-Université de Lyon)
La Prise de Pampelune de Nicolas de Vérone, entre légende épique et vérité historique 
 
Analyse de l'oeuvre
 
Publiée dès 1864 par A. Mussafia, La Prise de Pampelune est la première œuvre connue de Nicolas de Vérone. Cette épopée franco-italienne d’inspiration française, rédigée au XIVe siècle, entend compléter L’Entrée d’Espagne, œuvre d’un anonyme Padouan, et en reprend le sujet, les personnages et les lieux, ce qui légitime le titre de Continuazione dell’Entrée d’Espagne choisi par F. di Ninni pour sa nouvelle édition du texte en 1992.
L’essentiel de l’action réside dans la reconquête successive des différentes villes espagnoles par l’armée de Charlemagne. Mais le découpage séquentiel de l’épopée fait apparaître six épisodes centrés chacun, à l’exception du dernier, autour d’un personnage principal. Ainsi, le roi lombard Désirier de Pavie, le seigneur de Pampelune Maozéris, le païen Altumajor, les deux ambassadeurs malheureux Basin et Basile, et le champion chrétien Guron de Bretagne suscitent tour à tour l’intérêt du trouvère. La dernière partie du texte marque la relance de la progression de Charlemagne en Espagne grâce à la conquête de nouvelles villes, parmi lesquelles Cordoue. À ces six moments tout à faits distincts s’ajoute un long épilogue où les fils sont renoués avec la Chanson de Roland et où le sort des principaux protagonistes encore en vie est réglé.
La Prise de Pampelune  n’est donc pas, à la différence de L’Entrée d’Espagne, tout à la gloire de Roland, qui y est même relativement discret, bien que toujours exemplaire. En revanche, la scène d’ouverture de la chanson réserve à Désirier une place de choix en le présentant, dès le premier vers, comme « le vailant roi Lombart ». C’est lui qui, grâce à sa bravoure, parvient à s’emparer de la ville de Pampelune, fièrement gardée par le païen Maozéris, et qui la remet à Charlemagne. Et si le roi des Francs peine, dans un premier temps, à reconnaître ses mérites, il finit par lui accorder, en remerciement de son coup d’éclat, des dons qui assurent aux Lombards leur indépendance, leur liberté et leur autonomie.
De la sorte, La Prise de Pampelune participe à la réhabilitation des Italiens du Nord dans les cycles épiques où ils ont été longtemps malmenés et considérés comme de piètres guerriers. La fierté patriotique de Nicolas de Vérone est manifeste lorsqu’il couronne de succès les combats menés par Désirier et ses hommes à l’endroit même où l’armée française a été mise en échec. Mais en même temps que ces hauts faits martiaux auréolent de gloire les peuples de Lombardie et de Vénétie, ils permettent au poète franco-italien, grâce à la mention des dons concédés par Charlemagne, de fournir un ancrage légendaire pseudo-historique à l’indépendance des Lombards conquise par les pactes de Constance de 1183.
Auteur : Nicolas de Vérone
 
Manuscrits
 
Biblioteca Nazionale Marciana de Venise, Codice Marciano Francese 5 (=250)
 
Editions intégrales
 
Nicolas de Vérone, Prise de Pampelune, éd. A. Mussafia, Vienne, Gerold, 1864.
 
Niccolò da Verona, Opere, éd. F. di Ninni, Venise, Marsilio Editori, 1992.
 
La Prise de Pampelune (2e moitié du XIV siècle)