Commentaire proposé par Chloé Lelong (CIHAM-Université de Lyon)
La Pharsale de Nicolas de Vérone : une oeuvre de propagande ?  
 
Analyse de l'oeuvre
 
Rédigée en 1343 pour Nicolas Ier d’Este, alors marquis de Ferrare, La Pharsale est une adaptation, en franco-italien et sous forme de chanson de geste, d’une partie des Fet des Romains, récit historique français du début du XIIIe siècle, anonyme et accessible dans la seule édition de L. F. Flutre, datée de 1938. Cette chronique, comme l’indique son titre moderne, est un Compilé ensemble de Saluste, Suétone et Lucain et raconte in extenso la vie de César, de sa naissance à sa mort. Mais Nicolas de Vérone ne réécrit, dans sa Pharsale, que les chapitres 12 et 13 du troisième livre de la compilation.
En effet, le poème narratif de 3166 vers est entièrement construit autour du combat qui marque la fin de la guerre civile entre les deux généraux romains, depuis l’arrivée de leurs armées respectives en Thessalie jusqu’à la fuite de Pompée, son errance, ses retrouvailles avec Cornélie et sa mort.
Le schéma narratif de l’œuvre fait apparaître les étapes suivantes : après le prologue, le trouvère évoque l’ambiance régnant dans le camp de Pompée. Sextus, son fils, s’entretient avec la sorcière Erichto, puis Cicéron, représentant et porte-parole des combattants, pousse Pompée à donner l’ordre de lancer l’assaut. S’ensuivent les harangues adressées à leurs armées par les deux meneurs d’hommes, en commençant par celle de César, puis le récit de la mêlée générale. De nombreux combats individuels de succèdent, jusqu’à l’affrontement central des deux héros, suivi des exploits de Domice, champion républicain. Pompée constate sa défaite et se retire du champ de bataille pour rejoindre sa femme Cornélie, avant de naviguer jusqu’en Égypte, où Ptolémée et Futin le trahissent et le font décapiter par Settimus. Codrus retrouve son corps et l’inhume avec les honneurs qui lui sont dus.
Incontestablement, le personnage de Pompée est au centre de la narration et ce parti pris de rejeter dans l’ombre la figure de César au profit de la peinture héroïque du vaincu n’est pas fortuit. C’est la marque d’une adaptation épique, qui exalte l’héroïsme des vaincus, et de l’appropriation de matières préexistantes par un auteur qui revendique son originalité, et son statut d’écrivain, au point de signer doublement son œuvre, dans un acrostiche constitué par les lettres initiales des laisses et aussi dans deux vers de la chanson :« E ce qe çe vous cont dou feit des Romanois, / Nicholais le rima dou païs Veronois » (La Pharsale, v. 1933-1934). Mais c’est également une façon, pour Nicolas de Vérone, de présenter une vision globale du monde et, en particulier, une conception du politique, qui lui sont propres : La Pharsale est une œuvre de propagande qui réactualise une apologie de Pompée au profit d’un grand seigneur italien, au détriment de toute description positive de l’empire.
Auteur : Nicolas de Vérone
 
Manuscrits
 
Bibliothèque Publique et Universitaire de Genève, fr. 81 f° 56-73.
 
Editions intégrales
 
Nicolas de Vérone, Pharsale, éd. H. Wahle, Marbourg, Elwert, 1888..
 
Niccolò da Verona, Opere, éd. F. di Ninni, Venise, Marsilio Editori, 1992.
 
                   La Pharsale (1343)