Présentation de l'éditeur
 
Le manuscrit 2000 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève (XVe siècle), consacré au procès de Jacques d'Armagnac (1477), constitue une source manuscrite médiévale inestimable sur la politique judiciaire de Louis XI. La structure inédite de ce texte révélé dans son éclat originel, la qualité de l’information, la vivacité de la narration, sa destination royale en font un joyau de l’histoire judiciaire. Ce témoignage exceptionnel permet d’éclairer les incriminations, les relations ambiguës du pouvoir et de la justice, la pénétration longue mais sûre des règles juridiques de la procédure extraordinaire dans la sphère civile et dans la langue vernaculaire.
La première publication de ce document hors-norme intéresse d’abord les spécialistes de la procédure et du droit, mais elle aidera aussi à caractériser un règne qui mit en place, par nécessité, par opportunisme, par pragmatisme, des modes de fonctionnement nouveaux. À ce titre, elle devrait toucher un plus large lectorat.
   
Présentation par l'auteur
 
L’intérêt porté aux procès de Louis XI est né de nos travaux sur Commynes. Les recherches sur le mémorialiste nous ont mis en contact avec un pan de la politique judiciaire de Louis XI qui a longtemps été minoré. La raison principale en est l’absence d’éditions des procès contre les princes rebelles. Les seuls documents accessibles jusqu’à aujourd’hui étaient des copies des XVIIe et XVIIIe siècles, exploitées par des modernistes dans le cadre d’études sur le crime de lèse-majesté et les procédures d’exception. Ces copies sont inégales, fragmentaires, elles se limitent parfois à l’énoncé d’un arrêt, et il est difficile, voire impossible, de retrouver les originaux : les documents ont disparu, brûlés ou détruits dès la fin du XVe siècle. L’histoire de leur diffusion est encore un mystère... Mais par chance ont été conservées des sources manuscrites médiévales inestimables. Le manuscrit 2000 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, consacré au procès de Jacques d’Armagnac (1477), en est une. À la fin du XIXe siècle, Bernard de Mandrot le considérait déjà comme un texte hors-norme. Le format du volume, près de cinq cents feuillets, ce qui est inhabituel pour ce genre de sources, mais surtout la qualité de l’information et sa destination royale le recommandent comme une pièce remarquable. Il permet d’éclairer les incriminations, les relations ambiguës du pouvoir et de la justice, la pénétration longue mais sûre des règles juridiques de la procédure extraordinaire dans la sphère civile et dans la langue vernaculaire. Il donne de la matière aux interrogations des chercheurs sur la justice. Certes la publication ne résout pas toutes les questions, mais elle apporte des éléments de réponses précis. Seule la publication de l’ensemble des procès politiques et des procédures intermédiaires inachevées permettra d’avoir une vue plus entière des enjeux prosopographiques, sémiologiques et juridiques. L’édition du procès de Jacques d’Armagnac prend place dans le cadre de recherches menées par le labo 3L.AM (université du Maine), le Lamop (université Paris 1-CNRS) et l’ANR Juslittera sur la pratique et la construction du discours judiciaire à la fin du Moyen Âge. Elle aidera à compléter l’histoire d’un règne qui vit se mettre en place, par nécessité, par opportunisme et par pragmatisme, des règles de fonctionnement nouvelles.