Commentaire proposé par Jérôme Devard (POLEN-Université d'Orléans)
La bataille entre le chien d'Aubri et Macaire : l'analyse d'un duel judiciaire atypique
 
Analyse de l'oeuvre
 
Cette chanson de geste raconte que Macaire de Losane, épris de l’impératrice Blanchefleur, lui fait des avances. Celle-ci les repousse de manière véhémente. Macaire s'éloigne, honteux, ne songeant qu’à se venger de la femme de Charlemagne. Or, vit à la cour un nain apprécié par le couple royal : Macaire lui propose un plan avec lui pour déshonorer la reine. Un jour de fête, le nain s'approche de la reine, va se coucher sous son manteau, et, selon sa coutume, se prend à la courtiser. Il profite de l’occasion pour lui brosser un portrait flatteur de Macaire. Blanchefleur finit par se fâcher et le jette en bas de l’escalier.
Après être resté alité durant une semaine, le nain préfère ne plus se présenter devant la reine. Toutefois, Macaire parvient à le convaincre de rentrer dans le lit de la reine en l’absence momentanée du roi, afin que Blanchefleur soit convaincue d’adultère. Le nain suit scrupuleusement les conseils du traître. Charlemagne, au retour de matines, jette les yeux vers la couche impériale. À sa grande surprise, il voit le nain dans son lit, et sans dire un mot, se rend dans la grande salle du palais. Il y trouve Macaire avec quelques autres chevaliers. Il les conduit dans sa chambre et leur montre le nain. L'embarras du roi est extrême. La plupart des barons, particulièrement la parenté de Ganelon, demandent sa mort de la reine. Charlemagne, à son grand désespoir, condamne son épouse au bûcher. Blanchefleur demande à être entendue par un confesseur. L’impératrice lui déclare être enceinte de Charlemagne et l’assure de son innocence. Le prêtre l'entend et juge qu'elle lui dit la vérité. En apprenant cette nouvelle, le roi commue la peine de mort en bannissement perpétuel. Charlemagne fait mander le chevalier Aubri afin d’escorter la reine hors du royaume : ce dernier est toujours suivi d'un lévrier qui ne le quittait jamais. Macaire finit par rejoindre Aubri et Blanchefleur et tue le jeune chevalier qui refuse de lui livrer l’impératrice. Blanchefleur parvient à s’enfuir dans la forêt. Face à son cuisant échec, Macaire retourne à la cour en espérant que le meurtre demeurera à jamais inconnu. C’est sans compter son lévrier qui à trois reprises vient à la cour en s’attaquant systématiquement à Macaire. Ce comportement finit par attirer l’intention de Naimes de Bavière et de Charlemagne, qui suivent le chien, et découvrent la dépouille d’Aubri. Ils comprennent alors que Macaire est  le meurtrier. Le corps d'Aubri est porté à Paris et enterré en grande pompe. La foule commence aussitôt à crier justice. Charlemagne se fait amener Macaire : un duel judiciaire est décidé entre le lui et le lévrier qui aboutit à la mise à mort du traître. Quand bien même ce duel soit des plus irréalistes, il est cependant conforme avec les mentalités contemporaines.
Pendant ce temps, la reine trouve une escorte en la personne du bûcheron Varocher, qui décide de la raccompagner chez son père, l’empereur de Constantinople. En chemin, Blanchefleur accouche d’un fils prénommé Louis comme son parrain, le roi de Hongrie qui a organisé le baptême. En apprenant l’identité de la jeune felle, celui-ci lui rend tous les honneurs dus à son rang, et envoie quatre messagers à l'empereur de Constantinople pour le prévenir que sa fille, injustement bannie de France, a trouvé asile en Hongrie. En entendant le récit des messagers, l’empereur décide de ramener sa fille auprès de lui, et de se venger de son gendre par le biais de représailles militaires.
Arrivé sous les murs de Paris, l'empereur de Constantinople fait déployer les tentes et les pavillons. Charlemagne, embarrassé, fait assembler ses barons. De son côté, l'empereur de Constantinople fait prendre les armes à ses chevaliers. La lutte commence. A cette occasion, Varocher demande à se faire adouber. L’empereur de Constantinople y consent. La bataille dure toute une journée jusqu’à ce que les deux empereurs décident d’un commun accord que le sort du conflit sera joué lors d’un duel qui opposera Ogier à Varocher. En apprenant de la bouche de Varocher que Blanchefleur est toujours en vie, le fils de Gaufrey de Danemarche abandonne le combat. Il revient au camp français, où il annonce sa prétendue défaite, et conseille au roi d’envoyer des émissaires à l’empereur de Constantinople afin de faire la paix : il se propose pour l’ambassade, accompagné de Naimes de Bavière.
Le duc Naimes et Ogier se rendent dans le camp adverse. Dès que les deux barons aperçoivent la reine, ils courent se jeter à ses genoux. Le duc Naimes lui fait part de sa mission ; il la supplie de les aider à la conclusion de la paix et de consentir à rentrer dans son royaume. La reine hésite, mais elle remet gracieusement son fils aux mains du duc Naimes. L’enfant se présente à Charlemagne qui tombe en pâmoison quand il découvre que sa femme est toujours vivante et qu’elle a eu de lui un fils. Charles décide de mettre un point final aux hostilités. Une fois la paix conclue, l'empereur de Constantinople s'en retourne dans son royaume.
Manuscrits
 
On ne conserve en français que des fragments de cette histoire (507 vers au total) dans trois manuscrits, mais un remaniement franco-italien que l’on retrouve dans la Geste Francor, permet de la connaître dans son intégralité. Par ailleurs, la trame narrative nous est également fournie par trois proses : deux textes français (le Myreur des Histors de Jean d’Outremeuse et le mansucrit Arsenal 3351), une prose espagnole en moyen haut allemand.
 
Editions
 
Macaire, chanson de geste publié d'après le manuscrit unique de Venise, avec un essai de restitution en regard par M. F. Guessard, Paris, Franck, 1866.
 
Der Roman von der Köningin Sibille in drei Prosafassungen des 14. und 15. Jahrhunderts, éd. H. Tiemann, Hamburg, 1977.
 
A. Scheler, « Fragments uniques d'un roman du XIIIe siècle sur la Reine Sebile », Académie royale de Belgique. Bulletin de la classe des lettres et sciences morales, 2e série, 39, 1875, p. 404-425.
 
A. T. Baker et M. Roques, « Nouveaux fragments de la chanson de La reine Sibille », Romania, 44, 1915-1917, p. 1-13.
 
P. Aebischer, « Fragments de la Chanson de la Reine Sebile et du Roman de Florence de Rome conservés aux Archives cantonales de Sion », Studi medievali, n. s., 16-17, 1943-1951, p. 135-152.
 
P. Aebischer, Paul, « Fragments de la Chanson de la reine Sebile et du Roman de Florence de Rome conservés aux Archives cantonales de Sion », Zeitschrift für romanische Philologie, 66, 1950, p. 385-408.
            Macaire (fin du XIIe siècle)