Commentaire proposé par Jérôme Devard (POLEN-Université d'Orléans)
Parenté et Pouvoir(s) au sein de la lignée familiale : l'analyse de l'affatomie de Garin d'Anséüne
Analyse de l'oeuvre
 
La Chanson des Narbonnais composée de 8063 décasyllabes, se compose de deux parties distinctes qui sont raccordées de manière très imparfaite : le Departement des Enfanz Aymeri et Le Siège de Narbonne.
La première partie (v. 1-3343) raconte les « enfances » des fils d’Aymeri de Narbonne. Quand ceux-ci sont en âge d'être adoubés, il leur fait part de son refus de les voir rester auprès de lui et les envoie auprès de différents potentes afin que leur destinée s’accomplisse. Trois fils se mettront au service de Charlemagne (Bernard sera connétable, Hernaut sénéchal et Guillaume porte-oriflamme), Beuves ira en Gascogne auprès du roi Yon, un lointain cousin des Aymerides, tandis que Garin se rendra à Pavie auprès de son oncle maternel, le roi Boniface de Lombardie pour lui succéder à son décès. De son côté Aÿmer le Chétif reçoit comme mission de conquérir l’Espagne. Seul, le plus jeune, Guibert, reste à Narbonne pour en prendre un jour la succession. Malgré les protestations de son épouse et des bourgeois, il reste inébranlable.
Quand ils sont partis, leur mère Hermengarde la mère leur envoie quatre mulets chargés d'or. Les enfants refusent le cadeau maternel, et quand le convoi revient à Narbonne, Aymeri constate à ce trait de noblesse que ces fiers jeunes hommes sont bien ses fils. Ceux-ci continuent leur voyage. Ils parviennent à Valcaire, où ils se logent chez l'hôte Simon. Bientôt, Bueve prend congé de ses frères, et, accompagné de vingt jeunes hommes, se rend à Bordeaux. Le roi Yon lui fait bon accueil, lui donne la main de sa fille unique et bientôt part avec lui pour aller à la cour de Charlemagne. En attendant, Garin aussi a pris congé de ses frères ; il s'est mis en marche vers Pavie où Boniface de Lombardie fait de lui son héritier.
A Paris, Hernaut se comporte en sénéchal de Charlemagne et fait régner l’ordre sans avoir reçu l’office. Des plaintes sont formulées auprès de l’empereur qui demande à ce que les jeunes gens soient conduits auprès de lui. Apprenant leur identité, Charlemagne accueille les fils d’Aymeri chaleureusement. A cette occasion, Hernaut réclame pour Bernart l'emploi de juge et de conseiller privé et pour Guillaume l'oriflamme. Lui se regarde déjà comme sénéchal suivant les paroles de son père. Charles confirme tout cela. Les frères s'agenouillent, sauf Aÿmer, qui reste debout et fait le serment de n'accepter jamais de fief en France, mais de combattre les Sarrasins en Espagne. Charles arme chevaliers les six fils d'Aymeri, et la cour se sépare. Yon emmène Bueve en Gascogne, Boniface Garin en Lombardie. Aÿmer part pour l'Espagne. On envoie un messager à Narbonne annoncer au comte le bon accueil que ses fils ont trouvé auprès de l'empereur.
Dans la seconde partie du texte, (v. 3344-8063), apprenant le départ des fils d’Aymeri de Narbonne, les païens viennent assiéger la cité. Roumans et Garin de Monglane sont faits prisonniers dès les premiers combats, mais ils sont rapidement délivrés par Aymeri. Voulant aider ses parents, Guibert est, à son tour, fait prisonnier. L'amirant propose alors à Aymeri de terminer la guerre par un combat singulier entre ce dernier et un guerrier de l'armée sarrasine : si le comte reste vainqueur, Guibert lui sera rendu ; s'il est vaincu, il livrera Narbonne. Roumans demande la permission de remplacer Aymeri dans le duel. Il l'obtient, et le champion sarrasin Gadifer est vaincu et mis à mort. Toutefois, au lieu de rendre Guibert, les Sarrasins le crucifient. Aymeri sort de Narbonne, se fraie un chemin jusqu'à la croix et détache son jeune fils. Acculé à l’intérieur de ses murailles, Aymeri se résigne à aller quérir l’aide de Charlemagne. Cependant, il ignore que l'empereur est mort et que son fils Louis lui succédé. Guibert et Roumans sont choisis comme messagers. Ils trouvent le nouveau roi de France près de la ville d'Orléans. Louis envoie des messagers par toute la France, et une grande armée se rassemble. L’empereur confie l’avant-garde de vingt mille hommes aux quatre Narbonnais, Bernart, Hernaut, Guillaume et Guibert. Ils arrivent devant Narbonne, et bientôt on voit arriver les Lombards de Boniface, avec Garin ; et les troupes d'Aÿmer, qui portent des croix et viennent de combattre les Sarrasins d'Espagne.
Les Sarrasins sont défaits et seulement une centaine de sarrasins parviennent à fuir. Les vainqueurs partagent le riche butin et le roi Louis épouse la fille d'Aymeri, Blanchefleur. Après quatre journées de fêtes, tout le monde s'en va : Louis en France avec sa nouvelle épouse et Guibert, dont il fera son sénéchal, Boniface à Pavie avec Garin, Bernart à Brubant, Aÿmer à Venise, Hernaut à Gironde. Guillaume seul reste à Narbonne chez son père.
Manuscrits
 
London, British Library, Harley, 1321.
 
London, British Library, Royal, 20. B. XIX, f. 86v-110v.
 
London, British Library, Royal 20 D XI.
 
Paris, B.N.F. Fr. 24369-24370.
 
Paris, B.N.F. nouv. acq. Fr. 6298.
 
Edition intégrale
 
Les Narbonnais, chanson de geste publiée pour la première fois par Hermann Suchier, Paris, Firmin Didot pour la Société des anciens textes français, 1898
Les Narbonnais  (1re moitié du XIIIe siècle)