Commentaire proposé par Jérôme Devard (POLEN-Université d'Orléans)
La vente a réméré du duché de Metz : un témoignage de la  technicité des chansons de geste
Editions
Analyse de l'oeuvre
 
Le récit d’Hervis de Mes, composé de 10521 décasyllabes assonancés, présente les enfances d’Hervis, le père de Garin le Lorrain et de Begon.
L’histoire raconte que le duc Pierre de Metz, ruiné, doit consentir à marier sa fille Aélis au riche prévôt Thierry : l’accord prend la forme d’une vente à rémérée. Le duc quitte Metz après que Thierry ait épousé sa fille, payé ses dettes et l'a équipé pour la Terre sainte. De l'union de Thierry et d’Aélis naît Hervis. Celui-ci voudrait être adoubé, mais son père s’y refuse, préférant l’envoyer à ses oncles à Provins pour y faire commerce lors de la foire. Hervis y dilapide l'argent que son père lui a confié en banquets où il invite de nombreux marchands. Resté seul après le départ de ses oncles, Hervis, pour trois mille marcs, achète un faucon, un lévrier et deux petits chiens de chasse à un écuyer ruiné qu'il rencontre. A son retour à Metz, en apprenant les exactions de son fils, le prévôt rentre dans une colère noire et frappe le frappe à l’aide d'une verge d'olivier. Hervis tire l'épée, mais ses oncles le raisonnent et sa mère, la duchesse Aélis, parvient à réconcilier le père et le fils.
Thierry envoie à nouveau Hervis marchander avec ses oncles à la foire de Lagny, le menaçant de le chasser de Metz s’il agit comme à Provins. Au même moment, le vieux roi d’Espagne décide de demander en mariage Béatrix, fille du roi de Tyr, la soeur du roi Flore de Hongrie. Le roi Eustaice de Tyr accepte et s'engage à donner sa fille avant deux mois. Mais Béatrix est enlevée par des mercenaires qui finalement décident de la vendre à la foire de Lagny. À Lagny, Hervis est resté seul, non sans avoir, comme à Provins, dilapidé l'argent destiné par son père au commerce en invitant des marchands. Tombant sous le charme de Béatrix, il décide de l’acheter pour quinze mille marcs et retourne à Metz. Persuadé qu’il a acheté une prostituée, Thierry chasse son fils. Cependant, Hervis a une demi-soeur, mariée au riche bourgeois Baudri de Metz. Ce dernier, à la prière de sa femme, s'élance après Hervis et Béatrix et les ramène à Metz. Le prévôt Thierry revient sur sa décision : il ne bannit pas son fils, mais il interdit à la duchesse de lui venir en aide en quelque manière que ce soit. Au bout d'une quinzaine de jours, Hervis épouse Béatrix dont il ignore toujours les origines. Lors de la nuit de noces, Hervis engendre Garin. En apprenant la tenue d’un tournoi à Senlis, Hervis s’y rend et le gagne. Mais il s'éclipse sans se faire reconnaître et parcourt le pays, jusqu’au moment où, ayant beaucoup gagné, mais finalement tout perdu au hasard des « tables rondes », il est contraint de revenir à Metz. À peine a-t-il pris le temps d'embrasser Béatrix et son second fils nouveau-né, Begon, qu’il repart courir les tournois avec l'argent que lui donne Baudri de Metz. Au bout de sept années de cette vie, Baudri est complètement ruiné : il ne peut plus entretenir Hervis et lui demande d'aller chercher ailleurs sa subsistance avec toute sa famille.
Devant le désarroi de son mari, Béatrix brode en cachette un « drap » de soie et charge Hervis d'aller la vendre à Tyr qui s’exécute sans enthousiasme. Dans la cité, le jeune homme apprend la véritable identité de son épouse. Au même moment, le roi Flore passant par là, reconnait le travail de sa sœur et comprend ainsi qu’elle est toujours en vie. Les parents de Béatrix décident de faire torturer Hervis qui sait visiblement où elle se trouve. Ce dernier parvient à avoir la vie sauve grâce à l’intervention des marchands qui menacent de boycotter la foire de Tyr. Sur le chemin du retour, il découvre un trésor qu’il ramène à Metz, où Béatrix et ses enfants sont tenaillés par la faim. La jeune femme doit intercéder auprès de Hervis pour qu'il consente à accorder son pardon à son père, le prévôt Thierry, qui les a abandonnés à leur dénuement. Messins et Lorrains s’apprêtent désormais à honorer Béatrix dont ils connaissent maintenant les origines royales.
À son tour, Hervis est à l'honneur : on le reconnaît comme le jeune homme qui a « maté » le tournoi de Senlis. Sur ces entrefaites, le duc Pierre revient de Terre Sainte. Pierre adoube lui-même son petit-fils. Au milieu des festivités, un messager vient annoncer la mort du duc de Brabant, frère du duc Pierre. Les seigneurs brabançons demandent l'aide du duc Pierre, seul héritier légitime du Brabant, contre le roi Anseÿs de Cologne qui prétend succéder par la force au duc défunt. Pierre donne Metz et la Lorraine à Hervis, qui s'engage à venir en aide à son aïeul en Brabant. Grâce à ses espions qui ont découvert où était Béatrix, Flore se met en route pour Metz où il espère reprendre sa sœur. Pendant ce temps, les Lorrains arrivent en Brabant où Hervis se couvre de gloire grâce à ses actions militaires. A Metz, Flore parvient à enlever sa sœur. En apprenant la nouvelle, celui-ci se met en route vers Tyr, accompagné par cinq mille hommes jeunes. À Tyr, la famille royale fête le retour de Béatrix et fait savoir au roi d'Espagne qu'il va, enfin pouvoir épouser la princesse qu’on lui avait promise. Les Lorrains parviennent à délivrer Béatrix et conquièrent l’important trésor que le roi Eustaice voulait offrir au roi d’Espagne.
Pendant ce temps, Anseÿs de Cologne a profité de l'absence de Hervis pour revenir en Brabant, allié aux rois d'Écosse et de Galles. Le duc Pierre se trouve dans une situation critique. Hervis rassemble vingt mille mercenaires et vole au secours de son grand-père en mettant le siège devant Cologne. Au même moment, en Lorraine, le roi d'Espagne et ses alliés assiègent Metz. Béatrix envoie un messager pour prévenir Hervis de la situation. Mais le jeune homme est arrêté par les assiégeants et serait pendu si les bourgeois de la ville ne tentaient une sortie, à laquelle se joignent le prévôt Thierry et les jeunes Garin et Begon. Le roi de Navarre est capturé par les Lorrains, mais Thierry et Begon tombent aux mains des assiégeants. À Cologne, Hervis parvient à faire la paix avec Anseÿs, et il s'élance alors au secours Metz, mais le conflit s’apaise avant son arrivée, Eustaice et Flore prenant enfin conscience du lien de parenté qui les unit à Begon : ils rompent leur alliance avec le roi d'Espagne, qui lève le siège et rentre dans son pays.
Manuscrits
 
Paris, B.N.F., Arsenal, 3143.
 
Paris, B.N.F., Fr. 19160.
 
Torino, Biblioteca Nazionale Universitaria, L. II. 14.
 
Editions intégrales
 
Hervis von Metz, Vorgedicht der Lothringer Geste nach allen Handschriften zum Erstenmal vollständig herausgegeben von E. Stengel. Band I : Text und Varianten, Dresden, Gesellschaft für romanische Literatur ; Halle, Niemeyer 1903.
 
Hervis de Mes : chanson de geste du XIIIe siècle. Édition critique et étude, (éd.) J.-C. Herbin, doctorat, Université de Poitiers, 1989.
 
Hervis de Mes, chanson de geste anonyme (début du XIIIe siècle). Édition d'après le manuscrit Paris B.N. fr. 19160 avec introduction, notes, variantes de tous les témoins par Jean-Charles Herbin, Genève, Droz, 1992.
 
Traduction
 
Hervis de Metz, légende médiévale mise en français moderne par Philippe Walter, Nancy, Presses universitaires de Nancy, Metz, Serpenoise, 1984.
Hervis de Mes  (1re moitié du XIIIe siècle)