Commentaire proposé par Jérôme Devard (POLEN-Université d'Orléans)
Les règles de répudiation pour adultère féminin au prisme de la littérature épique
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Analyse de l'oeuvre
 
Doon de la Roche est une chanson de geste de la fin du XIIe siècle, écrite en dialecte lorrain et composé de 4638 vers. Le récit complet est conservé dans un manuscrit unique situé à la Bristish Library, côte Harley 4404. Toutefois, il existe une autre copie du récit, sous une forme très fragmentaire (seulement 359 vers sont reproduits), située à la BNF, côte nouv. acqu. fr. 23087. Nous retrouvons cette histoire dans la seconde branche de la rédaction remaniée de la Karlamagnus Saga en vieux norrois, ce qui atteste attestant du réel succès de l’histoire à cette époque.
L’histoire raconte que Doon l'Allemand, chevalier sans terres se voit offrir la main d’Olive, la sœur de Pépin le Bref, et l’autorité sur la Lorraine par le roi de France lui-même. De cette union naît le petit Landri. Doon s'établit avec sa femme à Cologne et sept cents chevaliers. Dans cette ville vit Tomile, un oncle de Ganelon. Il dit à Doon que sa femme le trompe, et pousse un jeune garçon dans le lit d'Olive à son insu, tandis que Tomile va chercher Doon. Celui-ci arrive dans la chambre et découvre la scène aves stupéfaction. Il tue le jeune homme et veut faire de même avec son épouse qui se réveille sur ces entrefaites sans comprendre la situation.
Les barons qui accompagnent Doon lui conseillent de faire venir le roi Pépin. Il envoie au roi de France son chapelain pour l'inviter à venir à Cologne qui s’y rend immédiatement. Pépin le Bref se voit exposer l’affaire et accepte la répudiation de sa sœur qui vivra dorénavant hors de la ville. Elle garde auprès d'elle le petit Landri âgé de sept ans. Par la suite Tomile offre sa fille Audegour à Doon qui consent au mariage avec la bénédiction du roi Pépin.
Audegour s'efforce d'exciter Doon contre Landri et sa mère. La fille de Tomile finit par mettre au monde un fils prénommé Malingre qui maltraite son frère. Quand Landri est âgé de dix ans, Doon décide de prendre la défense de son fils aîné, lequel heureux de cette intervention, tient des propos menaçants contre Tomile. Celui-ci est blessé à l’occasion de la rixe qui suit et décide de conclure avec Landri une trêve de quatre ou cinq ans. Au bout de six mois, Tomile et sa parenté jurent la mort de Landri. Doon fait venir son fils et lui conseille de quitter le pays et de se réfugier en France chez son oncle Pépin. Landri se rend chez son oncle maternel qui lui refuse officiellement toute assistance, mais lui fait parvenir néanmoins deux mulets chargés d’or pour sa subsistance. Landri décide de se rendre à Constantinople, se présente à l'empereur Alexandre qui le retient à son service.
Samaldrine, la fille de l’empereur, tombe éperdument amoureuse de Landri. Voyant sa fille malade d’amour, il ordonne à deux de ses chevaliers de se rendre en France pour connaître la vérité au sujet de Landri. Ces derniers apprennent vite la véritable identité de Landri et retournent à Constantinople pour en informer l’empereur Alexandre qui accorde la main de sa fille à Landri.
En parallèle, Tomile et Malingre parviennent à chasser Olive de Cologne qui se réfugie chez son oncle, et expulsent également Doon, qui se parvenant à obtenir le soutien du roi de France, se retire à La Roche. Malingre et Tomile réunissent une armée de quarante mille hommes et attaquent La Roche. Doon et ses hommes défendent la ville : ils auraient réussi à repousser les assaillants si Pépin n'était pas intervenu. Le roi de France taille l’armée de Tomile et Malingre en pièces ; Tomile s'enfuit à Mayence, et Malingre à Spire. Alors le roi se retourne contre Doon : il prend La Roche et fait jurer à Doon et à son neveu Jofroi qu'ils quitteront le pays.
Doon, accompagné de Jofroi, se rend en Hongrie où règne le roi Dorame qui réclame la moitié de Constantinople. Pour cette expédition, il prend à son service Doon et Jofroi. Un messager vient annoncer ces mauvaises nouvelles à l'empereur Alexandre. L’empereur accompagné de Landri attaquent Dorame. Seuls Doon et Jofroi tiennent tête aux assaillants. Landri attaque son père, sans le reconnaître, et réussit à le vaincre. Il va lui couper la tête quand le duc lui demande de lui faire grâce : Landri le remet alors au roi Alexandre.
Le récit revient à Olive qui est reconnue un jour par quatre chevaliers de La Roche, rentrant d'un pèlerinage d'outre-mer. Ils étaient partis de chez eux il y a sept ans, avant qu’elle ne soit accusée d'adultère. Ils jurent qu'ils lui rendront sa terre. Pendant ce temps, Landri finit par découvrir l’identité de Doon et se fait connaître de lui. Soutenu par la logistique de l’empereur Alexandre, il décide de rentrer en France pour se venger. Au même, l’oncle d’Olive, l'évêque Auberi annonce son intention de faire la guerre à Tomile. L'armée se met en marche et la duchesse les accompagne. La Roche est prise, Audegour est faite prisonnière mais Malingre parvient à s’enfuir et se rend jusqu'à Mayence. Il raconte à Tomile sa défaite et la perte de La Roche. Tomile est d'avis d'offrir la paix à l'évêque et à Olive, quitte à les assassiner plus tard. De son côté, Doon, suivi de vingt-milles chevaliers vient camper devant Sobrie. Doon tient conseil : la puissance de Tomile l'inquiète ; Landri se dit capable de prendre la ville, mais Doon repousse cette idée, ne voulant pas dévaster son propre territoire. Avant d'agir, il ira, déguisé, avec Jofroi, parcourir le pays, pour s'assurer de la véritable situation de Malingre et d’Olive. A cette occasion ils apprennent qu’Olive se trouve à La Roche, d'où elle a chassé Tomile. Doon se rend dans la cité, déguisé en pèlerin pour s’assurer de l’inclination de son ex-épouse à son égard. Doon finit par se faire reconnaître mais Olive dit qu'elle ne pourra partager le lit de Doon tant que Tomile n'aura pas avoué ses machinations. Doon et ses compagnons reviennent apporter la bonne nouvelle à Landri.
Après bien des luttes, Mayence finit par tomber : Malingre est fait prisonnier et Tomile finit par avouer son crime : il est pendu par Olive et Audegour est brûlée sur un bûcher. Quant à Malingre, on lui coupe les jarrets, mais la clergie obtient qu'on lui fasse grâce de la vie : il devient moine. Doon épouse Olive une seconde fois à l'église Saint-Pierre en la présence du roi Pépin. À cette occasion, il adresse à Landri des paroles élogieuses et il lui promet la Bretagne, l'Anjou, la Normandie et la sénéchaussée de France. Mais Landri refuse : il ne veut rien tenir de son oncle, qui a abandonné sa mère, accepté les présents de Tomile et refusé de le recevoir. Une scène violente a lieu entre l'oncle et le neveu, et Pépin excédé par les reproches de Landri quitte la ville.
Alors qu’il allait repartir pour Constantinople, un messager vient prévenir Landri que l’empereur de France a été capturé par des Saxons. Le jeune homme part aussitôt au secours de son oncle qu’il parvient à libérer, et les deux finissent par se réconcilier. Le roi de France accepte d’accompagner son neveu jusqu’à Constantinople et assiste aux noces de Samaldrine et de son neveu qui sont couronnés au palais impérial. Les réjouissances durent pendant un mois entier, puis Pépin annonce qu'il est obligé de rentrer dans son pays. Landri lui recommande de vivre en paix avec Doon et Olive. Landri et Salmadrine ont des enfants qui tinrent à la fois Constantinople et le domaine qu'avait possédé Olive.
L’ensemble de l’œuvre mêle aventures épiques, péripéties romanesques, éléments guerriers, histoires de famille et questionnement féodal.  A ce titre, la chanson de Doon de la Roche s’interroge sur l’état de l’ordre féodal à la fin du XIIe siècle qui se montre déjà dépassé par bien de ses aspects. Dans la même perspective, l’univers viril traditionnel épique laisse ici la place à des héroïnes qui ne sont plus les adjuvants des hommes mais des héroïnes à part entière. C’est d’ailleurs peut-être pour cette raison que la question du traitement de l’adultère féminin est particulièrement bien détaillée dans cette histoire. En définitive, si nous considérons le récit de Doon de la Roche met en exergue les aspirations sociétales et juridiques que l’on a vu apparaître à la fin du XIIe siècle.
 
Manuscrits
 
Londres, British Library, Harley 4404.
Paris, BNF, nouv. acqu. fr. 23087.
 
Edition intégrale
 
Doon de la Roche, chanson de geste publiée par Paul Meyer et Gédéon Huet, Paris, Champion pour la Société des anciens textes français, 1921.
 
Traduction
 
Doon de la Roche, chanson de geste de la fin du XIIe siècle. Traduction en français moderne de Nathalie Reniers-Cossart, Paris, Champion, 2011.
Doon de la Roche (fin du XIIe siècle)