Commentaire proposé par Jérôme Devard (POLEN-Université d'Orléans)
La fictionnalisation des "lois fondamentales" du royaume à la fin du XIIe siècle
 
Analyse de l'oeuvre
 
Il ne nous est parvenu de la Chanson de Mainet, retraçant la jeunesse de Charlemagne, que quelques fragments conservés dans le manuscrit nouv. acq. fr 5094 situé à la Bibliothèque nationale de Paris.  Quand bien même la datation de ce récit reste soumis à controverses, la critique admet généralement qu’il date du XIIe siècle. Il nous est possible de reconstituer le récit complet grâce au livre I de la compilation de Girart d’Amiens, L’Istoire le Roy Charlemaine composé au début du XIVe siècle.
L’histoire raconte Heudri (Landri) et Hainfroi (Rainfroi), fils de la serve qui pendant un temps s’est substituée à Berte auprès de Pépin son mari, ont le couple royal. En mourant, le roi de France confia à Hainfroi la garde du royaume et l’éducation du jeune Charles jusqu’à la majorité de ce dernier. Ainsi, ce texte soulève incontestablement un certain nombre d’interrogations sur les règles successorales au trône de France à une époque où ce qu’on appellera quelques siècles « les lois fondamentales du royaume » n’existaient pas. Les serfs élèvent l’enfant de manière dégradante et songent à le faire périr à son tour. Un fidèle serviteur de Charles, David, feint d’entrer dans leurs projets et devient leur confident. Il délibère avec d’autres amis de l’enfant, et tous se décident à quitter la France où Charles n’est plus en sûreté. La fuite est précipitée par un incident lors d’une fête. Le lendemain matin, les serfs, s'aperçoivent de la disparition de l’adolescent : après un premier moment de découragement, ils décident à prendre les choses du bon côté. Ils parviennent à apaiser les guerres et emprisonnent Milon d'Aiglent, leur beau-frère, le plus redoutable de leurs ennemis.
Charles et ses amis décident de se rendre à Tolède chez le roi Galafre, qui est en guerre. Galafre accepte leur aide avec joie. Il décide de les envoyer à Monfrin où ses ennemis l'attaquent. Le jeune Charles, qui a pris le nom de Mainet se distingue particulièrement lors des combats, et les troupes ennemies sont repoussées. Galafre enchanté se promet de récompenser Mainet. La fille de Galafre, Orionde Galie ou Galienne, tombe amoureuse du jeune homme.
Galafre convoque ses barons. Il leur fait l'éloge de Mainet dont il raconte les prouesses, et leur communique sa résolution de le faire chevalier et de l'adouber avec d’excellentes armes, puis de lui donner une bonne part de sa terre, ainsi que sa fille Galienne. Les hommes de Galafre l'approuvent. Il fait venir Mainet, lui annonce qu'il veut l'armer chevalier et lui fait les promesses mentionnées ci-dessus à condition qu'il lui apporte la tête de Braimant. Mainet refuse l'épée qu'on lui offre, car il en possède une meilleure, Joyeuse, qui vientde Clovis le premier roi chrétien. Il la montre à Galafre, qui s'en émerveille, en se demandant de quelle prestigieuse parenté peut être issue ce jeune homme. Galafre arme Mainet chevalier et le comble de présents.
Bientôt Mainet, à la tête de l'armée de Galafre, marche contre Braimant. Une grande bataille a lieu, dans laquelle Mainet tue Braimant. Après avoir pris quelque repos, il revient à Tolède où Galafre se prépare à tenir ses promesses. Mais le fils aîné de Galafre, Marsile, envieux de Mainet, veut lui tendre une embuscade. Galienne découvre ses desseins et l'accable d'injures. Puis elle s’en va trouver Galafre et lui révèle les projets de Marsile. Galafre fait venir ses fils et les menace de représailles mortelles s'ils font le moindre mal à Mainet.
Cependant des amis de Marsile vont trouver Galafre et lui expliquent qu'il a tort de favoriser ainsi le jeune Charles. En effet, il n’est dorénavant plus utile et on lui dit qu’il aurait juré de renverser Galafre à l'aide des Syriens convertis. Galafre se laisse persuader par ces conseils de trahison et permet à Marsile de s’embusquer sur le chemin de Mainet. Mais Galienne, prévient les français de la future embuscade : grâce à son intervention ils sortent victorieux du combat. En apprenant que des Sarrasins ont envahi l'Italie et assiègent le pape dans Rome, Mainet décide d'aller secourir le pape avant de rentrer en France. À la suite d'une bataille sanglante, à laquelle les Romains prennent part, les Sarrasins sont exterminés et Rome délivrée. A son retour en France, Charles reconquiert le pouvoir et son trône et fait exécuter ses deux frères.
Il est inutile de chercher dans l’histoire authentique de Charlemagne les fondements de Mainet quand bien même certains auteurs ont tenté de rapprocher certains faits historiques de la chanson de geste.
Manuscrit
 
Paris, BNF, nouv. acq. fr. 5094, fol. 1-6.
 
Edition
 
Gaston Paris, « Mainet, fragments d'une chanson de geste du XIIe siècle », Romania, 4 (1875), p. 305-337.
       Mainet (2e moitié du XIIe siècle)