Commentaire proposé par Bernard Ribémont Devard (POLEN-Université d'Orléans) La question du mariage d'Aye avec Garnier
Commentaire proposé par Jérôme Devard (POLEN-Université d'Orléans)
  La proposition de Ganor ou les vestiges de la pratique du mariage par achat
 
Analyse de l'oeuvre
 
Le récit d’Aye d’Avignon, transmis par un seul manuscrit complet (B.N.F. fr. 2170), est composé de 4132 alexandrins rimés. L’histoire raconte que Garnier, le fils de Doon de Nanteuil est élevé par Charlemagne qui fait de lui son sénéchal. A la mort de son beau-frère, le duc Antoine d’Avignon, l’empereur décide de donner la main de sa nièce Aye, l’héritière à Garnier. Béranger et les Hautefeuille voient cette union d’un mauvais œil et se rendent auprès de l’empereur pour s’y opposer. A cette occasion Garnier reproche à Auboin et à Milon la mort de son oncle Beuve d'Aigremont. Tant s'allume la querelle qu'Auboin et Garnier en viennent aux mains. Charlemagne leur ordonne de se séparer ; il fait jeter en prison Auboin et Milon, et procède à l’union envisagée.
Cependant l’accusation ayant été lancée, Charlemagne décide d’instruire le procès. Un duel judiciaire opposant Garnier et Auboin a lieu qui s’achève par la victoire du premier : Auboin et ses complices sont mis à mort. Le roi fait mander Milon au palais, et lui intime l’ordre de faire la paix avec Garnier. Les deux ennemis se donnent le baiser de paix en présence de l'empereur
Au même moment, Charlemagne apprend qu’Anséïs de Cologne requiert son aide afin de repousser les sarrasins qui ravagent son territoire. L’armée impériale se met en marche avec Garnier et Milon à sa tête. Pendant ce temps, Aye tombe dans un get-apens tendu par les Hautefeuille.  Elle parvient à leur échapper pour se réfugier dans son domaine, mais Avignon finit par tomber. Toutefois, Béranger n'ose demeurer en possession du fief spolié, tant il redoute Charlemagne. Il se contente juste de piller la ville. II délivre Sanson et Amauguin et emmène la duchesse captive au château de Grellemont. Entre temps, des messagers sont partis d’Avignon pour prévenir Charlemagne et Garnier des évènements. Les troupes impériales viennent assiéger Grellemont. À la vue du danger qui le menace, Bérenger fait à l'empereur des propositions de paix. Il offre de rendre Aye, si Charles consent à lui pardonner et à le laisser vider sa querelle avec Garnier. L'empereur répond, que, s'il parvient à la capturer, il le fera pendre, lui et les siens. Béranger effrayé décide de fuir à l’étranger, emmenant avec lui la duchesse.
Les fugitifs accostent à Aigremore, une cité des îles de Majorque. Le roi du pays, Ganor, tombe éperdument amoureux d’Aye, et il réclame sa main se proposant d’acheter la jeune femme à ceux qu’ils croient être ses parents. Béranger refuse et une rixe s’ensuit. Les Hautefeuille parviennent à s’enfuir mais ils sont finalement fait prisonnier. En apprenant l’identité des Français, Ganor propose d’envoyer à son frère Marsile les Français, se réservant Aye qu’il épousera à se on retour de pèlerinage à la Mecque. Béranger et les siens sont magnifiquement reçus par l’émir qui les accepte comme vassaux en souvenir de Ganelon. À cette occasion, Béranger réclame Aye. Le roi consent à la demande de Bérenger : il dépêche deux messagers à Ganor pour le sommer de lui rendre Aye. Celui-ci refuse et la guerre commence aussitôt.
Pendant que Ganor se défend contre ses ennemis, Aye est enfermée dans la tour d'Aufalerne. Toutefois, Garnier finit par apprendre que son épouse est toujours en vie : il décide de partir au secours de son épouse accompagnée d’une troupe de chevaliers et se mettent au service du roi d’Aigremore pour protéger la cité. Ils parviennent à repousser les attaques ennemies. Une fois cette tâche terminée, les barons français lui demandent leur congé, mais Ganor leur demande de rester pour garder sa terre le temps de son pèlerinage à la Mecque. Garnier profite de l’occasion pour secourir sa femme et les Hautefeuille. A son retour en France, le fils de Doon fait la paix avec  ses anciens ennemis et unit deux de ses sœurs à Amauguin et Sanson. Aye et Garnier retournent à Avignon où naît leur fils prénommé Gui.
Pendant ce temps, Ganor revient de la Mecque et découvre la disparition d’Aye. Il décide de venir en France pour se venger, enlève le petit Gui à l’insu de ses parents, et l’élève comme son propre fils. Lorsqu’il st en âge d’être adoubé il fait de lui son sénéchal. En France, Garnier est desservi auprès de Charlemagne par Sanson et Amauguin et toute leur famille. Un jour de Pâques, alors que l'empereur tient sa cour à Saint-Denis, Sanson et Amauguin se plaignent de Garnier pour le meurtre de Béranger : l’empereur finit par leur abandonner le jeune homme, et les Hautefeuille viennent l’assiéger devant Nanteuil où le fils de Doon de Nanteuil trouve la mort. Accablée par la douleur, Aye reste avec son oncle à Paris. Un jour de Pentecôte, l'empereur lui propose de se marier avec Milon. Aye oppose un refus catégorique. Toutefois la duchesse n’ignore pas qu’elle ne pourra guère s’opposer longtemps à la volonté royale. Pressée par le roi et par la reine, elle échappe adroitement à leurs instances et  quitte la cour.
Pendant ce temps Gui apprend les circonstances de la mort de son père et la situation dans laquelle se trouve sa mère. Ganor réconforte le jeune homme et lui propose de venger Garnier à la condition qu’il lui donne la main de sa mère. Gui donne son approbation. L'armée s'embarque et prend la mer. Gui se fait reconnaître de sa mère et annonce à la duchesse que c’est Ganor qui a accepté de venir à son aide et la supplie d’accepter le premier don qu’il lui demandera. Elle accepte. Gui et les troupes de Ganor finissent par défaire les Hautefeuille. Ganor réclame alors son don à Aye qui prend la forme d’une demande en mariage. La duchesse y consent à la condition qu’il se fasse chrétien. À ces mots, Ganor donne l'ordre à un évêque d'apprêter les fonts, et le jour même, il conduit Aye à l'église et la prend pour épouse. C’est durant la nuit qui suit que Ganor engendre un fils qui reçoit le nom d'Antoine, et qui aidera plus tard son frère Gui contre les parents de Ganelon.
Ce récit a connu connut un grand succès si l’on juge par les fréquentes allusions rencontrées en d’autres textes contemporains, ainsi que l’existence d’une version franco-italienne (cf. les msc. Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 14637 et Venezia, Biblioteca Nazionale Marciana, cod. lat. class. XI, cod. CXXIX).
Manuscrits
 
Paris, B.N.F. fr. 2170.
 
Paris, B.N.F. fr., 24726.
 
Editions intégrales
 
Aye d'Avignon, chanson de geste publiée pour la première fois d'après le manuscrit unique de Paris par MM. F. Guessard et P. Meyer, Paris, Vieweg, 1861.
 
Aye d'Avignon, chanson de geste anonyme. Édition critique par S. J. Borg, Genève, Droz, 1967.
Aye d'Avignon (fin XIIe-début XIIIe siècle)