Commentaire proposé par Jérôme Devard (POLEN-Université d'Orléans)
Les tractations prénuptiales dans les chansons de geste ou la représentation d'un régime matrimonial embryonnaire
 
Analyse de l'oeuvre
 
Le Roman d’Aubéron est le prologue d’Huon de Bordeaux. Composé de 2468 décasyllabes rimés, ce texte a pour principal objectif de présenter la généalogie prestigieuse du petit roi-faé, personnage merveilleux, rattachant le héros aussi bien à la Matière de Bretagne qu’aux traditions bibliques.
L'histoire raconte que Judas Machabée fut un homme remarquable en tous points, mais le roi Bandifort, jaloux de lui, décide de l'attaquer. Judas s’en remet à Dieu et voit au lever du soleil un autour fondre sur un canard sauvage pour le dévorer devant les autres oiseaux paralysés d'effroi. Judas décide d’imiter cette conduite ; après avoir averti ses deux frères et cent hommes, il sort seul pour provoquer Bandifort qu'il tue, tandis que ses frères détruisent le camp ennemi.
Judas réunit alors ses familiers, leur distribue le butin, soigne les prisonniers blessés. Le lendemain matin, il fait incinérer les morts et enterrer le roi Bandifort. Il convoque ses vassaux en conseil pour les consulter sur le sort que subiront les prisonniers. On décide de les décapiter. C'est alors que l'un d'eux, un émir, prend la défense de ses compagnons : Judas leur laissera la vie sauve, il épousera la fille de Bandifort dont il tiendra la terre. Judas accepte ; l'émir part en ambassade auprès de la jeune fille qui accepte ce mariage. Judas épouse donc la princesse. De cette union naît une fille, Brunehaut, qui reçoit divers dons de quatre fées. L'une d'elles fait le vœu qu'à sept ans Brunehaut quitte définitivement sa famille pour habiter le royaume de Féerie. Judas qui a tout écouté n'en dit rien à sa femme.
Sept ans après, le jour de Noël, alors que la cour est réunie à table, au moment du troisième service, un grand cerf entre, s'empare de Brunehaut et l'emporte. Tandis que Judas tente de le poursuivre, Brunehaut est reçue par un roi qui lui accorde à la fois le royaume de Féerie et de grands pouvoirs magiques. Sur sa demande, le cerf va chercher son père qu'elle peut elle-même rassurer ; elle lui dit, en outre, que le cerf est en réalité la fée vindicative métamorphosée ainsi en punition de son vœu. Si Judas intercède en sa faveur, elle retrouvera sa forme première dans un an. Judas accepte avant de partir. Revenu chez lui, il informe ses vassaux et réconforte sa femme.  L'été suivant, Mantanor poursuit, à la chasse, un grand cerf jusqu'à une tente dans laquelle il pénètre. Mantanor le suit et se trouve devant Brunehaut entourée de ses dames. Brunehaut prédit à Mantanor qu'il sera bientôt amoureux du cerf. À Noël, la cour est rassemblée. Au souper, le cerf entre dans la salle et se métamorphose devant tous les convives en une femme merveilleuse. Mantanor, ébloui, s'éprend d'elle et avec il l’épouse avec l'autorisation de Brunehaut : deux enfants vont naître de cette union : Gloriant et Malabron.
Par la suite, Césaire, l’empereur de Rome, vient en Féerie pour demander sa main à Brunehaut. A cette occasion, le récit décrit avec une grande précision les tractations prénuptiales. La reine de Féérie consent à l’union et de leur mariage naît un fils, Jules César, qui sera élevé par son grand-père, Judas. Puis Brunehaut lui donne un haubert merveilleux avant qu'il n'aille s'attaquer au géant Brulant qui dévastait la Hongrie. Jules César est vainqueur, son père lui donne le royaume de Hongrie qu'il vient de reconquérir. Césaire retourne auprès de sa femme à Dunostre. Elle lui suggère qu'ils marient leur fils à la fée Morgane, sœur du roi Arthur. Sur un double souhait de Brunehaut, Jules César puis Arthur et Morgane se trouvent à Dunostre. Après le mariage, la cour de Bretagne repart grâce à un nouveau souhait de Brunehaut qui, de la même façon, installe le nouveau ménage à Monmur.
De l’union entre Jules César et Morgane, naît deux fils jumeaux : trois fées président à leur naissance et formulent des vœux pour les deux enfants. Conformément au vœu d'une fée, Aubéron ne grandit plus à partir de l'âge de sept ans. Morgane lui donne son cor magique et il reçoit reçoit de Brunehaut un bel épervier. Il réclame encore à sa grand-mère le haubert merveilleux de son père qui procède à son adoubement. De son côté, Georges, est fait chevalier par Césaire. Dès lors, Aubéron reste à Dunostre avec Brunhehaut et Césaire, tandis que Jules vit avec Georges à Monmur. Césaire meurt faisant de Jules César son successeur à la tête de l’empire romain. Après avoir reçu l’aide de la Sainte-famille, et avoir épouser la fille du soudan de Babylone, à la mort de son père, Georges succède à Jules César.
Parallèlement, Aubéron, après le mariage de Georges, Aubéron était reparti pour Monmur. Il sonne du cor pour réunir ses vassaux et leur annonce qu'il inspectera son domaine. Ce voyage, en compagnie de Gloriant et Malabron, se termine par une grande fête à la cour l'Arthur. Aubéron passe plus de cent ans à Monmur avec Brunehaut et Morgue avant de s'installer à Dunostre. Pour se coucher, il enlève son haubert merveilleux. Satan conduit le géant L'Orgueilleux à Dunostre, lui enseigne le secret des automates qui en défendent l'entrée. L'Orgueilleux se précipite, chasse Aubéron, ainsi que Gloriant et Malabron. Aubéron retourne à Monmur près de Brunehaut qui lui prédit qu’un enfant, né le jour même à Bordeaux, Huon, fils le Seguin, punira l'Orgueilleux et reconquerra le haubert merveilleux. Enfin, Guillemer de Saint-Omer décide d'aller en pèlerinage à Jérusalem avec sa fille. Une tempête les déroute vers Dunostre. L’Orgueilleux tue Guillemer et tout son équipage. Il épargne la jeune fille que Huon viendra délivrer.
Comme nous le voyons l’auteur pousse exagérément loin l’esprit de synthèse en cherchant à éclairer plusieurs aspects de Huon de Bordeaux, comme l’origine du cor magique d’Aubéron.
Manuscrits
 
Torino, Biblioteca nazionale universitaria, L. II. 14, f. 283r-296v.
 
Editions intégrales
 
I complementi della Chanson d'Huon de Bordeaux, testi francesi inediti tratti da un codice della Bibliotca nazionale di Torino e pubblicati da A. Graf. I. Auberon, Halle a. S., Niemeyer, 1878.
 
Le roman d'Auberon, prologue de Huon de Bordeaux. Édition critique avec une introduction et des notes par Jean Subrenat, Genève, Droz (Textes littéraires français, 202), 1973.
 
The Old French “Auberon”. Text and Critical Evaluation, (éd.) Bernice H. Waddel, Ph. D. dissertation, University of North Carolina, Chapel Hill, 1973.
Le Roman d'Aubéron (fin du XIIIe siècle)